Artiste cherche atelier

Artiste cherche atelier

18 mars 2020 par 


Lorsque je me suis installée à Rimouski à l’automne 2011, j’arrivais de huit années de vie en campagne. Un vieux rêve de retour à la nature qui se terminait pour laisser place à un désir de me relier et de sortir de l’isolement artistique. J’ai vite compris alors que si je voulais un espace de création à la mesure de mes besoins, j’allais devoir y mettre le prix. En effet, à Rimouski, où il n’y a pas d’ancien quartier industriel, ni de coopérative d’artistes, pas plus que de locaux soutenus par la municipalité, j’ai dû me tourner vers une location commerciale. Il faut savoir que le prix au pied carré à Rimouski est très élevé, pouvant aller jusqu’à 16 $. Une somme colossale pour exercer une pratique artistique. J’ai eu l’idée de louer un espace très grand sur deux étages, un risque financier que je pensais absorber par la location de salles (nous parlons ici de 1 900 $ par mois incluant tous les frais).

C’est ainsi qu’en 2012 l’Espace Praxis et Poïésis est né sur la rue de l’Évêché, en face de la bibliothèque Lisette-Morin. En plus d’abriter mon atelier, ce lieu fut le fruit fécond du rêve de plusieurs amis. Plusieurs ont mis la main à la pâte, comme Sophie de la Brosse, ma principale alliée, qui m’a aidée à faire de cet endroit un véritable lieu holistique, qui réunit tant l’éducation que la création artistique, son expression et sa diffusion. Praxis et Poïésis a accueilli durant sa courte vie de trois ans de multiples projets artistiques : ateliers de danse, cours de chant de gorge, formations continues de toutes sortes données par Culture Bas-Saint-Laurent, spectacles performatifs, etc. En plus d’offrir une salle abordable à une communauté d’artistes en manque d’emplacement, Espace Praxis et Poïésis se voulait un lieu communautaire où artistes et public étaient invités à approfondir les liens entre création et rapport au corps et à l’autre. Nous y avons offert des animations matinales de méditation, nous y avons organisé des collectifs de création, le projet Rioux y est né, etc. Nous voulions rêver grand, et en tant que créateurs, agir et prendre place dans notre communauté.

Malheureusement, la charge financière qui reposait sur mes épaules a eu raison du projet. En plus de prendre trop de mon temps en travail administratif, j’avais de moins en moins de temps de création, j’étais devenue une entrepreneure de location de salles. J’ai fermé les portes fin juin 2015 et, comme pratiquement tous les artistes de Rimouski, j’ai pris le chemin de la maison. Je me suis installée chez moi, dans mon sous-sol. Je n’avais pas à me plaindre : j’avais la place pour accueillir mon atelier/école de joaillerie et je retrouvais du temps pour me consacrer à mon mémoire de maîtrise dont le sujet, comme par « hasard », portait sur le sentiment d’esseulement de l’artiste dans son atelier, son besoin d’être relié au monde, d’être agissant…

Depuis, je grappille tous les deux ans une pièce de mon appartement… Pour l’instant, je n’ai plus de salon… et me sens encore à l’étroit. J’ai l’impression d’être contrainte par l’espace, et de devoir contenir mes projets. Je rêve d’un immense atelier, haut de plafond, avec de la lumière naturelle. Un espace rassembleur où d’autres artistes, toutes disciplines confondues, auraient un lieu pour créer, pour diffuser, pour partager. Contrairement aux grands centres et à plusieurs municipalités au Québec, Rimouski n’offre aucun espace d’ateliers pour ses artistes pourtant nombreux, extrêmement talentueux et d’une grande diversité. Alors qu’il existe au Cégep des programmes en arts, que l’organisme Culture Bas-Saint-Laurent travaille d’arrache-pied pour les artistes d’ici et que l’UQAR s’apprête à lancer une deuxième formation sur l’étude de la pratique artistique, il me semble qu’il est grand temps que Rimouski se dote de lieux pour accueillir ses artistes présents et en devenir.

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