Marie d’Amérique, Madeleine de cœur

Marie d’Amérique, Madeleine de cœur

25 janvier 2020 par 


Marie d’Amérique
de Thomy Laporte est le deuxième court-métrage d’un triptyque dans lequel une détresse poignante fait son œuvre. Toujours avec agilité et subtilité, l’art de Thomy Laporte saisit et bouleverse. Marie d’Amérique est secoué d’une violence calme. Une violence que vit le personnage de Madeleine, aux prises avec un mal de vivre, un mal-être dans ce monde où elle ne trouve plus sa place.

Le réalisateur joue avec habileté de l’image et du son. « Toi pis tes maudits mots. Ça dit pas toute, les mots », affirme Madeleine, lorsqu’elle se confie à quelqu’un qui tente de l’aider. Et c’est exactement ce que le réalisateur offre au spectateur : un film qui va au-delà de ce que nous sommes parfois capables d’exprimer. Cet esprit est présent dans chacune des scènes. Le film s’ouvre notamment sur l’hiver, la neige et ses déneigeuses. Tout de suite, le silence. Un silence accentué par le bruit des tracteurs dans les rues. Dès lors, on se demande si Madeleine fait de l’insomnie ou si les tracteurs l’ont réveillée. Un peu plus tard, lorsque Madeleine épluche des légumes, il y a un moment d’arrêt dans son geste. Une pause. Une absence. Sans qu’on nous donne toutes les réponses, on arrive à comprendre le personnage, même à s’identifier à lui. Et c’est justement ces multiples possibilités à travers lesquelles on dit et on ne dit pas tout qui confèrent un grand mouvement artistique au film.

Dans un jeu impeccable, Marie-France Marcotte incarne un personnage aux émotions acérées. L’ensemble fait comprendre à quel point la détresse n’est pas qu’une simple émotion, mais un état qui provoque plusieurs sentiments parfois contradictoires. La peur, la colère, le dégoût et la tristesse s’enchaînent et s’entrelacent. Sur ce plan, une des scènes les plus fortes montre Madeleine en tenue de soirée dansant seule dans sa chambre, un verre de vin à la main. Le contraste créé par une atmosphère empreinte d’isolement accentue l’impression de déchéance. Dans ce moment de folie, Madeleine ressent une foule d’émotions qu’elle exprime au téléphone. Mais Marie est-elle réellement à l’autre bout du fil?

C’est par un subtil assemblage d’éléments que Thomy Laporte réussit avec brio à rendre tangible cette mince frontière entre l’équilibre et la folie. Entre le réel et la fabulation. 

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