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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

DUC : regard critique

Mouvement environnemental et pouvoir

DUC : regard critique

24 janvier 2020 par 


Le dépôt de la Déclaration citoyenne d’urgence climatique (DUC) au conseil municipal, aussi sensationnel a-t-il été médiatiquement, n’est pas venu bouleverser les coutumes militantes du mouvement environnemental actuel. Il importe ainsi de se demander si son écho aura des répercussions plus significatives que d’autres initiatives du même genre.

De fait, une DUC reste un ensemble symbolique de recommandations formalisées par quelques considérants puis soumises aux autorités municipales. Elle demeure en soi séduisante puisqu’elle cristallise une prise de conscience généralisée et propose une réforme théoriquement fonctionnelle de l’appareil municipal, pour l’accorder, dit-on, à la mélodie du changement écologiste qui résonne mondialement. Néanmoins, il serait juste d’affirmer qu’on ne s’est pas écarté, il y a un an, de cette avenue traditionnellement empruntée par le mouvement environnemental qui, dans un effort de transformation sociale, choisit, presque instinctivement, d’opter pour la négociation avec les autorités gouvernementales en vue d’influencer les politiques publiques. Le dépôt de la DUC au conseil municipal de Rimouski permet d’analyser certaines « tendances » du mouvement et de peut-être suggérer d’autres avenues.

Se déposséder de son pouvoir

S’acharner à vouloir négocier avec les autorités politiques relève d’une posture somme toute passive qui met en exergue cette tendance systématique du mouvement environnemental à remettre son pouvoir intrinsèque à une autorité dite « compétente » qu’il croit capable d’agir à sa place. À mon avis, cela témoigne d’une confiance discutable à l’égard de nos élus qui, sur papier, devraient représenter les intérêts du peuple. Mais qu’en est-il réellement? Cette attitude, peut-être naïve, empêche de poser un regard objectif sur les nombreuses dérives passées du pouvoir institutionnalisé, où les intérêts économiques, immanquablement, ont eu préséance sur le reste. Cette attitude ne permet pas non plus de mettre en doute les fondements sur lesquels repose notre « démocratie représentative », acceptant l’idée que la structure du pouvoir est juste et immuable, qu’elle est de surcroît le véhicule du changement.

Or, en adoptant une stratégie d’influence passive, déjà vue, vouloir convaincre le « pouvoir » d’agir, il me semble que la DUC s’ajoutera à cette série tablettée d’initiatives citoyennes et bienveillantes, freinées dès leurs balbutiements par des autorités complices du statu quo de l’économie capitaliste et des institutions rétrogrades incompatibles avec l’équilibre écologique convoité. Rien ne nous écarte effectivement de cette tendance.

Parler leur langage

Non seulement le dépôt de la DUC s’inscrit comme une action empruntant le canal institutionnalisé de la transformation sociale, mais il s’habille aussi de cet esprit qui rend le document recevable et endossable par les autorités municipales en se soumettant aux codes de bonne conduite qu’exige la négociation passive. Discuter avec les autorités implique nécessairement d’adopter le langage qu’elles comprennent et de proposer des actions qui se trouvent dans le champ de « leurs possibles ». Certains passages de la DUC illustrent cette idée, notamment lorsqu’on recommande que la Ville « invite les différents paliers gouvernementaux […] à considérer sérieusement l’état actuel du climat » ou « invite [certaines parties prenantes] à jouer un rôle de premier plan » ou encore quand on veut que la DUC « soit acheminée » vers les autres instances gouvernementales1. En outre, la Déclaration est marquée d’un lexique atone qui n’a rien pour brusquer l’oreille de l’autorité. Sans véritable contrainte et sans contenu appelant à des actions compromettantes d’un point de vue électoraliste, il ne relève d’aucune surprise que le document ait été dûment appuyé. L’inaction gouvernementale, une fois encore, s’annoncera comme réponse officielle.

Contester le pouvoir

D’après cette brève analyse, il m’apparaît évident que la contestation du pouvoir institutionnalisé devra s’intégrer à la réflexion et à la pratique du mouvement environnemental, et que la mobilisation citoyenne devra se concentrer autour de cet enjeu. En effet, tant que la structure du système reste inchangée, le mouvement environnemental s’enferme dans un terrain d’actions limité, laissant hors de portée tout changement se trouvant à l’extérieur de ses balises. Jusqu’à maintenant, le mouvement a déployé des ressources considérables pour que les faits scientifiques justifiant son existence entraînent finalement une prise de conscience assez généralisée. Cependant, les méthodes choisies pour soi-disant engendrer un embryon de transformation sociale l’ont confronté au mutisme gouvernemental et ont par le fait même montré que l’abandon du pouvoir citoyen aux mains d’autorités « compétentes » mène à une paralysie sociale inacceptable, ce qui indique que la contestation du pouvoir institutionnalisé devrait être la trame de fond du mouvement environnemental et des actions qui en découleront.

1. Procès-verbal de la séance ordinaire du conseil municipal du 19 novembre 2018, p. 3.

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