Repaire de sorcières

Le deuxième acte de la collection théâtrale des Éditions du remue-ménage

Repaire de sorcières

11 novembre 2019 par 


En effet! La langue n’est pas neutre, constat galvaudé qui pourtant peine encore à rejoindre certaines oreilles. Si la langue n’est pas neutre, beaucoup s’en faut que ses usagers et usagères créateurs et créatrices le soient. Nécessaire donc, une collection de théâtre féministe? Elles vous répondront sans ambages par l’affirmative.

Marie-Ève Milot, Marie-Claude St-Laurent et Marie-Claude Garneau sont comédiennes, autrices et militantes féministes. Ensemble, elles sont derrière la renaissance du théâtre féministe du Remue-ménage. En 1978, la parution de Môman travaille pas, a trop d’ouvrage!1 du Théâtre des cuisines marquait le coup d’envol de la maison d’édition. Il y eut cinq autres titres, tous issus de démarches collectives, puis une période de dormance, longue de trente-cinq ans.

Guérilla de l’ordinaire

Comme Môman, Guérilla de l’ordinaire (Marie-Ève Milot, Marie-Claude St-Laurent) — présentée pour la première fois devant public le 5 mars 2019 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui — raconte aussi, mais autrement, le sexisme ordinaire. La pièce est composée de « fractures » qui tournent autour de l’action centrale : la vigile d’une militante portée disparue. Se rassemblent la sœur, la coloc, l’ami militant, l’ex, la politicienne et ainsi de suite. En filigrane, un certain épuisement caractéristique de la vie militante. Menstruations, consentement, grossophobie, impératif de beauté, colonialisme, etc., Guérilla de l’ordinaire fait parfois trop l’effet d’une liste, mais rappelle indéniablement tout ce qu’il reste à déconstruire.

KINK

Le deuxième texte, KINK, de Pascale St-Onge et Frédéric Sasseville-Painchaud, démystifie les pratiques BDSM2 en relatant « chaque marque comme un trophée ». Elle se demande pourquoi personne ne lui a jamais demandé ce qu’elle aimait, voulait. Il se demande comment faire pour intégrer cette communauté de semblables. Ils ne forment pas un couple. On l’apprend entre autres grâce aux « à propos de l’autrice » et aux « à propos de l’auteur » qui sont incorporés à même le texte créatif. Comme un désir de se camper dans une prise de parole personnelle et politique, de s’inscrire dans les luttes ordinaires. En ce sens, les deux nouvelles parutions se font écho.

Les sorcières dans tout ça?

La Nef, puisque c’est le nom de cette nouvelle collection, se propose d’être un lieu de dialogue, grâce à des échanges entre créateurs, créatrices et universitaires que la maison d’édition souhaite porteurs de possibles et, surtout, d’appartenance. Le nom souligne par ailleurs l’importance du lieu. La nef, c’est l’endroit entre le chœur et le portail dans une église. C’était également, anciennement, un grand navire à voile : un lieu mouvant qui se promène au gré des courants, qui parfois aussi, on l’espère, arrive à les remonter.

Et bien sûr, La Nef rappelle avant tout la création collective La nef des sorcières qui marqua l’émergence du théâtre féministe militant. Milot, St-Laurent et Garneau, sorcières d’aujourd’hui, vous invitent à une nouvelle « fulgurance du soulèvement » (Guérilla de l’ordinaire). 

1. Une création collective écrite par cinq femmes, dont Véronique O’Leary, artiste bas-laurentienne.

2. Bondage and Discipline, Sadism and Masochism

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