La conservation bafouée au parc national du Mont-Saint-Bruno

La conservation bafouée au parc national du Mont-Saint-Bruno

12 septembre 2019 par 


Pas besoin d’aller en Amazonie ou de visiter la grande barrière de corail en Australie pour constater que la biodiversité des milieux naturels est menacée. Il suffit d’aller se promener au parc national du Mont-Saint-Bruno pour comprendre que la conservation et la protection du territoire ne sont plus la priorité de la direction de ce parc. Le mercantilisme est la seule voie que la Sépaq semble privilégier. Ce parc est géré comme une base de plein air où les activités récréatives se développent au détriment de la conservation du milieu naturel. Dans un avenir rapproché, le parc national du Mont-Saint-Bruno pourrait devenir un second Mont-Royal, c’est-à-dire un territoire vidé, sur le plan de sa flore et de sa faune, de ses éléments les plus intéressants.

J’ai travaillé plus de 35 ans dans ce parc national de 8 km². C’est le parc le plus fréquenté du réseau québécois avec près d’un million de visiteurs par année. Il s’agit d’un îlot forestier enclavé dans un environnement essentiellement urbanisé et agricole. La biodiversité de ce petit territoire est extraordinaire. Au fil des inventaires floristiques et fauniques, il a été possible de dénombrer des espèces rares dont 25 espèces de plantes, 22 espèces de champignons, 12 espèces d’insectes, deux espèces d’amphibiens, 12 espèces d’oiseaux et cinq espèces de mammifères! Ces espèces trouvent refuge dans une forêt composée de près de 35 essences d’arbres formant quatre groupements forestiers exceptionnels dont l’érablière à caryer et la chênaie rouge à érable à sucre.

Intégrité menacée

Les employés du parc sont présentement en train de défricher un nouveau sentier de vélo à pneus surdimensionnés, un nouveau sentier de raquette et un stationnement supplémentaire. Ces nouveaux aménagements de plusieurs kilomètres s’ajoutent aux 35 km de chemins et de sentiers existants. En outre, ces nouveaux sentiers passent là où des plants de ginseng à cinq folioles (et d’autres plantes rares) ont été inventoriés dans le passé. C’est pourquoi il est évident que la direction du parc n’a pas réalisé d’étude d’impact sur le milieu naturel avant le début des travaux. L’intégrité écologique du parc est un concept à géométrie variable pour la Sépaq. Dans le bilan annuel et les discours, cela paraît bien, mais dans le quotidien le respect de l’intégrité fait défaut. Manifestement, le parc national du Mont-Saint-Bruno est menacé par la cupidité de la Sépaq. Compte tenu de sa superficie, de sa biodiversité et de sa fréquentation, il est important de conserver intégralement tous les mètres carrés de ce petit territoire. Déjà que les polygones forestiers sans présence humaine sont extrêmement restreints, il ne faut pas ajouter des sentiers pour réduire davantage leur superficie. La Sépaq doit immédiatement corriger la situation et abandonner tout projet qui menace la biodiversité de ce parc. Ce faisant, j’invite les lecteurs à manifester leur désaccord à la Sépaq.

Par ailleurs, des travaux ont présentement lieu au lac du Moulin dans le but de consolider la digue afin qu’elle puisse résister à une pluie importante comme celle qui a ravagé la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1996. Ces travaux suscitent également des interrogations quant aux préoccupations environnementales des gens impliqués dans ce dossier. En effet, selon des informations obtenues par certains protagonistes, aucune étude d’impact sur le milieu naturel n’a été effectuée ni exigée. C’est aberrant! Le volume du lac a été abaissé de plus de 50 % depuis la mi-août, ce qui a un impact important sur l’ensemble de l’écosystème aquatique. Comment les promoteurs ont-ils pu obtenir un certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques? Pourquoi la Sépaq et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ont-ils permis l’exécution des travaux dans ce parc national? Pourquoi la ville de Saint-Bruno, habituellement ouverte à la conservation et à la protection des milieux naturels, a-t-elle pu autoriser une méthode de travail aussi peu respectueuse de l’environnement?

Nous pouvons également nous interroger sur la solution envisagée pour faire face à une crue aussi importante. En effet, pourquoi ne pas abaisser le niveau des lacs des Bouleaux, Seigneurial et du Moulin de 30 cm? (Il est tombé 22 cm d’eau lors du déluge du Saguenay.) A-t-on voulu épargner aux résidents du parc une baisse du niveau d’eau des lacs Seigneurial et du Moulin? En outre, a-t-on vraiment étudié tous les scénarios afin de réduire les impacts sur l’écosystème aquatique? Pourquoi ne pas renforcer la digue avec des lames d’acier plantées dans le roc? Le génie civil peut installer des cales sèches dans le fleuve Saint-Laurent, pourquoi ne pas innover et exécuter ces travaux dans le respect de l’intégrité d’un parc national. Nous vivons une époque charnière en termes de développement durable. Il devrait être primordial de préserver le peu de territoire protégé du Québec et de faire de cette protection un projet de société.

Il est pertinent de souligner que la population du Québec s’est exprimée à deux reprises sur la vocation de ce territoire. En fait, lors des audiences publiques de 1982 et de 2000, la population s’est prononcée à plus de 95 % en faveur de la conservation du territoire. La Sépaq cherche par tous les moyens à faire de l’argent sans égard à la volonté populaire de conserver ce territoire. La Sépaq doit arrêter immédiatement le développement de tout nouveau projet menaçant l’intégrité du milieu naturel. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs doit prendre ses responsabilités, cesser d’être complaisant avec les visées mercantiles de la Sépaq et s’assurer de la conservation et de la protection des territoires qui lui ont été confiés par le gouvernement.

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