Mythes antisyndicaux

Mythes antisyndicaux

14 juillet 2019 par 

Mythe 1 : Les incompétents

Ce qu’on entend : « Les syndicats, ça sert juste à défendre les incompétents, les pas bons, les incapables! Les syndicats pis les syndiqués, c’est des communisses braillards, des bébés gâtés la mamelle du gouvernemaman dans yeule, des enjôleurs socialisses, des anarcho-hypnotiseurs comme Messmer capable de transformer un employé honnête en poule pas de tête à 15 $/h. »

Pourtant, c’est le patron qui engage les travailleurs après un processus d’entrevue, pas les syndicats. Pense pas que les employeurs passent leur temps à engager le plus d’incompétents possible? Faut pas oublier que la sécurité d’emploi n’empêche pas un employeur de congédier un travailleur ou de lui imposer des mesures disciplinaires. Mais le patron a quand même des obligations, dont parfois celle de fournir de l’aide à l’employé. Bref, les syndicats protègent les employés contre les congédiements abusifs, et non les incompétents.

Mythe 2 : Les gras dur

Ce qu’on entend : « As-tu déjà vu l’horaire d’un chat domestique? Ben c’est ça, les syndiqués : une gang de matous gras dur! Ça fait une sieste, liche-liche-liche, fait une autre sieste, se réveille… oh!… c’est l’heure du break! Pour des emplois comparables, les syndiqués ont des meilleures conditions de travail que ceux qui le sont pas. Pis ça, c’est pas bon, parce qu’un employé efficace, faut qu’y aille PEUR! Comme l’expression : marcher les fesses serrées! Oui, y vivent moins vieux à cause du stress, mais c’est mieux pour la business. Asteure, le syndicat débarque pis je peux même pu menacer un employé du genre : “ Si tu fais pipi plus qu’une fois par jour, on le déduit de ton salaire. Ou sinon, traîne-toé un pot Mason! ” »

Le syndicalisme, c’est bon pour toute la société. Le gain de bonnes conditions de travail crée un effet de locomotive sur les autres milieux. On parle ici de salaire décent, d’assurances minimales et de conciliation travail-famille de base. Pis un jour, j’espère qu’on va arrêter de lire dans les journaux des nouvelles comme « Amazone : Sept femmes licenciées pour grossesse contre-productive ». Gras dur, dites-moi ça sans rire!

Mythe 3 : Passé date!

Ce qu’on entend : « Les syndicats, c’est passé date! Voyons donc! On est ben de nos jours! De qu’ossé qui se plaignent? ».

Veux-tu savoir ce qui est passé date? Les cassettes vidéo, les clubs vidéo, le Atari, les Walkman jaunes, le mur de Berlin, le vin Harfang des Neiges, les Nordiques, la peste noire et le cerveau de Maxime Bernier. Les accidents de travail, le congédiement de femmes qui tombent enceintes ou le harcèlement sur les lieux de travail devraient être passés date, mais trop de travailleuses en mangent encore chaque jour de ce pain-là.

Avez-vous remarqué comment le monde du travail trouve de beaux euphémismes pour décrire des conditions de plus en plus aliénantes? Par exemple, « se tuer au travail », c’est avoir une bonne capacité d’adaptation! C’est-à-dire, pour les profs : faire réussir tes 30 élèves de classe ordinaire, dont trois ont des troubles de comportement, cinq sont en grande difficulté et huit parlent difficilement le français. Après tout, t’as des services: une fois par mois, ils voient l’ombre de la psychoéducatrice qui passe à la course dans le corridor; chacun de tes élèves en difficulté a en moyenne douze minutes et quart d’accompagnement par semaine; pis le soutien linguistique passe aux deux semaines, les jours impairs. Qu’esse-tu veux de plus? Si t’es pas capable de faire 30 petits Laurent Duvernay-Tardif avec eux autres, ça doit être parce que t’es trop exigeante! Adapte ton évaluation pis y vont passer! Facile, hein?
Y’a aussi « Être disponible 24 h sur 24 », c’est simplement faire preuve de flexibilité. C’est-à-dire, dormir quatre heures par nuit pour flexibiliser son sommeil au besoin de la compagnie. C’est très facile pour n’importe qui de flexible de remplacer une nuit de sommeil par deux litres de café, quatre litres de boisson énergisante, un suppositoire de cocaïne, deux trois claques dans face, pis au lieu de travailler assis, on remplace la chaise par un tapis roulant avec un pieu aiguisé au bout.

Les organisations syndicales ont été créées pour défendre les droits de leurs membres. Mais aussi, et c’est parfois ce bout qui manque de nos jours, défendre le bien commun, lutter contre les inégalités socioéconomiques, favoriser le développement d’une société juste et équitable pour TOUS en abolissant le capitalisme, la mondialisation néolibérale pis toute forme de hiérarchie. 

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