L’incertitude comme principe

L’incertitude comme principe

15 juillet 2019 par 

Éric Satie


Il n’y a pas de vérité en art. Soutenir le contraire n’est qu’un mensonge – et ce n’est pas beau de mentir… C’est pour cela que je n’aime pas les pontifes : ils sont trop menteurs – de plus, je les crois un peu bêtes.

– Erik Satie

Je fais de la musique improvisée. Chaque soir, je tente de jouer autre chose, de jouer autrement. C’est une façon de lutter contre les certitudes, contre cette parade de chiens savants qui répètent le même concert ad nauseam, pour montrer qu’ils sont bons, qu’ils sont créatifs.

Moi, je n’y crois pas. Je ne veux pas être une bête de foire.

Pas plus que je crois au discours des politiciens, des influenceurs, des leaders et de tous ces « winners » à grandes gueules qui, de l’éloquence de leur organe, informent quotidiennement la vulgus, la fange populaire que nous représentons à leurs yeux avisés, de leurs brillantes idées sur la société et la mode.

La certitude est mon seul ennemi. C’est pourquoi, je ne me retrouve ni dans les partis politiques et leurs idées patentées, ni dans les vedettes que « tout le monde aime ». Les gens convaincus m’énervent, ils sont de la graine de fanatiques. Moi, qui ai osé croire que les philosophes modernes avaient ouvert la voie à une société multiple, ouverte sur le dialogue des idées, je me dois de constater qu’il n’en est rien, que le monde est plus conservateur que celui de jadis, et que les moralistes convaincus fourmillent dans tous les camps.

Je vomis autant le climatosceptique et ses arguments insensés que le végane qui me fait la morale sur mes cordes de banjo en boyau, prétextant, à mots couverts, que le plastique détruira la planète de façon moins cruelle que les gens de mon espèce, éventreurs de chèvres afghanes.

Je ne crois pas plus aux sauveurs patentés qui régulent leurs discours prétendument novateurs sur le pas des idiots, tout en nous faisant la morale. Les suiveurs me font pitié, même bourrés de bonnes intentions et de bonnes actions qu’ils ne savent expliquer.

La montée actuelle de tous ces discours débiles et du Joe connaissant du Web m’a d’abord profondément déprimé, avant de me rassurer : me rassurer sur les armes que j’ai choisies. Je continue de militer par l’action et non par le verbiage, la dispute, la joute binaire et haineuse qui suinte de partout (parfois j’écris un peu, tout de même) et qui se donne la réplique, comme pour se justifier, en un ping-pong absurde. J’ai décidé de laisser parler la rumeur, l’écho des bêtes, et de me tenir ailleurs. Car, comme Italo Calvino, « je crois en la force de ce qui est lent, obstiné, sans fanatisme ni enthousiasme ». Je crois que les indécis sont l’avenir du monde. Malheureusement on ne calcule pas leurs votes. Ainsi, nous allons continuer de sombrer dans ce tango des ego qui nous mène droit dans le mur. Certains me trouveront pessimiste. C’est faux! Je crois fermement au pouvoir des incertains à sauver le monde. Seulement, ils ont été jugés inadmissibles dans le jeu que nous jouons actuellement, dans la haine du peuple que nourrissent ses représentants.

Pour ma part, je ne suis pas à plaindre. J’ai trouvé, à travers le monde, la plus belle horde de perdus magnifiques et je les ai rejoints.

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