La Révolution tranquille aurait-elle fait de nous des individus sans histoire?

La Révolution tranquille aurait-elle fait de nous des individus sans histoire?

14 juillet 2019 par 

Michel Freitag


Le libéralisme économique et culturel est à bout de souffle, continuellement confronté à ses propres contradictions : un progrès qui n’en est plus un, une nature dénaturée, une culture devenue contre-culture. Qui croit encore en ce système qui implose sous nos yeux? Pourtant, le monde actuel fut rêvé et revendiqué à l’époque du Refus global et de la Révolution tranquille; il serait peut-être temps de cesser d’idéaliser cette période! Nier sur les plans historique, territorial et culturel ce que nous étions avant, ce qu’on appelle aujourd’hui la Grande Noirceur, c’est nier une part de ce que nous sommes réellement. Le rejet de notre passé a créé un grand vide à l’intérieur de nous, aussitôt comblé par une logique de consommation, qui a attribué une valeur économique à toute chose. Au fil des générations, nous avons accepté, pour le meilleur et pour le pire, comme de parfaits imbéciles, l’ensemble du libéralisme. Nous commençons aujourd’hui à mesurer l’ampleur de la violence que porte en elle cette idéologie : exode rural, changements climatiques, écarts de richesses, etc. Que nous faudra-t-il encore pour comprendre qu’une adhésion exclusive aux valeurs élitistes et individualistes ne peut défendre que des intérêts particuliers et n’apporte que peu de solutions d’ensemble à une société en constante évolution? Honnêtement, je doute fort que l’on puisse longtemps vivre désincarné de nos ponts générationnels quand la transmission ne figure plus dans nos mœurs.

Le futur radieux promis par les acteurs de la Révolution tranquille s’est effondré. Tous les indicateurs sociaux du déclin sont bien présents : taux de suicide élevé, usage excessif d’antidépresseurs, décrochage scolaire, etc. Pourtant, de grands esprits tels qu’Esdras Minville, Fernand Dumont et Michel Freitag ont montré les risques de naviguer dans le sillage des doctrines hégémoniques, mais ils ont été ignorés.

À la croisée des chemins

Les verts nous proposent de jouer à la bourse du carbone, de remplir nos bacs de recyclage et d’acheter des voitures électriques. Ils disent influencer la grande entreprise polluante, mais au fond, ils la rendent légitime en donnant bonne conscience aux consommateurs par des mesures cosmétiques.

La majorité francophone a échoué dans son projet d’indépendance, car en même temps qu’elle refusait d’imaginer la constitution inclusive d’une fédération québécoise avec comme partenaires les anglophones et les nations autochtones, elle adhérait naïvement aux diktats d’une mondialisation antinationale.

La nouvelle gauche vertueuse, produit d’une convergence de mouvements sociaux, se construit actuellement sur des principes moraux qui redéfinissent notre idéal de société. Cette conception d’un monde noir ou blanc, qui rééduque ou bien éradique, est un relent socialiste, multiculturel, condescendant à l’égard des sous-éduqués que la gauche dit vouloir représenter. Cette gauche progressiste s’est paradoxalement coupée de cet électorat naturel qu’elle accuse désormais d’être sexiste, pollueur et raciste.

Une économie et une culture régionales fortes sont utopiques dans un État providentiel, car toute la volonté populaire est happée par la force centrifuge du pouvoir central, qui redistribue et légifère par la suite comme il l’entend. Pour un soi-disant bien commun, tout esprit d’initiative, tant chez les Autochtones, les anciens paysans et les petits propriétaires, a été nivelé par des générations de politico-technocrates déconnectés de la réalité des gens en nuisant systématiquement à leur créativité vitale.

L’heure est venue d’entamer le grand chantier d’une réforme démocratique et de vivre dans une vraie démocratie. Il faut reconnaître comme légitimes tous les courants de société, même les plus opposés, pour qu’au final nous puissions amorcer un processus de négociations et de prises de décisions communes. Le gouvernement écrira les lois et appliquera son pouvoir sur la société en fonction de ces débats et, ultimement, selon ces décisions. Pour cela, nous devons conserver l’essentiel de nos coutumes parlementaires, mais en y instaurant les mécanismes de référendums d’initiatives populaires1 ainsi que le vote populaire2. Tout l’esprit d’une réforme démocratique de forme fédérative est de permettre aux peuples et à tous les citoyens de s’exprimer constitutionnellement sur les enjeux qui concernent les rivières, les villes, les réserves autochtones, les campagnes, les régions, l’éducation, les nations, etc. Voilà un projet de société capable d’unir l’ensemble des Québécois. Un projet de société qui nécessite de la reconnaissance et de la confiance en nous. Plusieurs pays et États fédérés pratiquent déjà avec succès la démocratie semi-directe. Pour qu’un tel mécanisme de consultation populaire puisse voir le jour dans la « belle province », plusieurs conditions doivent être réunies avant que ce nouveau parlement puisse être efficace. Entre autres, le rôle des pouvoirs financiers et des médias doit être balisé, mais l’un des plus importants gages de liberté et d’égalité est la qualité du système d’éducation pour tous.

1. Par un référendum d’initiative populaire, les citoyens peuvent demander à ce que l’on vote sur une proposition de loi. Pour que l’initiative aboutisse, elle doit recueillir 100 000 signatures dans un délai de 18 mois.

2. Par un vote référendaire, le peuple peut se prononcer sur des décisions du Parlement. Les propositions de lois faites par le gouvernement sont soumises au vote populaire lorsque 50 000 citoyens le demandent. Les signatures à l’appui de la demande de référendum doivent être récoltées dans les 100 jours qui suivent la publication de l’acte.

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