Diversité

Diversité

15 juillet 2019 par 


Le Cabaret des auteurs, présenté cinq fois l’an au Cégep de Rimouski, fait entendre les voix de la relève littéraire du Bas-Saint-Laurent. Le Mouton Noir se joint à la fête en publiant un texte écrit et lu par un étudiant ou une étudiante lors de cet événement afin d’amasser des fonds pour le voyage de fin d’année des étudiants et étudiantes des programmes en arts, lettres et communications.

Je n’ai rien à te dire, mon ange.

Je suis arrivée dans le monde sans pudeur.

Sans territoire. Sans nation. Sans identité.

Je suis née nue.

Tu disais : dans mon pays, on respire les pistils au vent, les arbres sont totems, les rayons de soleil s’accrochent au lichen, les rochers reluisent d’écume et on fait l’amour sur des matelas de feuilles.

Mais tu as omis de dire que les torrents débordent parfois, que les forêts servent de bûcher, que le sang macule les murs de tes palais, que la désillusion nous colle à la peau et que Dieu pleure de voir les hommes s’aimer.

Alors comprends-moi, mon ange, j’ai l’existence morose.

J’ai l’intérieur terni et la beauté comme simple décor.

Oui je pars, mon ange, parce que j’ai la rage incomplète. Parce que je n’ai jamais compris les révolutions. Parce que j’ai la patrie en horreur. Parce qu’en moi hurle ABATTONS LES FRONTIÈRES!

Parce que… parce que j’ai les rêves blêmes…

Alors j’ai chevauché à travers plaines et vallons, brandissant ton drapeau en lambeaux.

Sans conviction. Sans foi. J’ai erré dans un monde aux multiples visages.

Hier, j’ai vu les hommes, mon ange.

C’est un crachat que nous avons pour existence.

J’ai vu bouillir les sangs, pulser les cœurs et les marées de colère. J’ai vu les prétendus rejetons de Dieu sur leurs postérieurs dorés, leur tête lourdement couronnée, diriger leurs insectes.

Ah! ces riches papillons qui s’écrasent dans les fossés!

J’ai pataugé dans ces marécages ensanglantés avec une joie enfantine, là où furent jetés les plus augustes visages.

Et j’ai vu la vermine survivre dans le cimetière des têtes tranchées. Là où les idées s’enterrent.

Ainsi j’ai écouté leur ignorance. Si variée. Si vaste. Si étouffante! mon ange.

Ah! mon ange, si tu savais…

J’ai trouvé là, quelque part dans ma gorge, un nœud. Ça ressemble à du dégoût.

Oui… je suis écœurée, car j’ai vu l’entretuerie des hommes.

Oui, j’ai vu les hommes désemparés. Perdus.

Car l’Homme est trop libre! mon ange. Quels mots choisir pour forger son église? Ô! mais quels dieux loués?

Mais j’ai survécu aux massacres des mondes, mon ange.

Je reviens de loin.

Oui, je reviens à toi, puisque j’ai vu le monde, mon ange, de par mes rétines brûlées, j’ai vu au-delà de mon cynisme, au-delà de mon désespoir.

J’ai laissé ma morosité mourir avec la brunante et mon âme s’éblouir.

Et j’ai vu que le monde était beau!

Aujourd’hui, je vois des hommes, mon ange!

Je vois le jour naître comme il n’en naîtra plus.

Je vois que pour 100 histoires mortes, une ou deux survivent toujours.

Alors je reviens, mon ange.

Avec des mots plein la bouche. Avec des amants en souvenir. Avec la pluie comme alcool, mais le vin aux lèvres.

Regarde : les couleurs du monde dégoulinent sur mon corps.

Alors oui, je reviens, mon ange, je reviens te proposer demain, avec un orage dans le cœur.

Aujourd’hui, avec une seule chose à te dire.

Car ta contrée est en ruines, tu ne connais que les naufrages et ton monde est fade.

Je te montrerai ce qui existe au-delà de tes frontières. Je te montrerai demain.

Et la diversité colorera aussi tes rêves.

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