De l’urgence de choisir… son camp

De l’urgence de choisir… son camp

14 juillet 2019 par 


Dans quel camp êtes-vous? Dans le camp de la lutte d’émancipation nationale et sociale du Québec ou dans le camp de l’oppression et de l’exploitation, dans le camp du Canada « postnational », colonisateur et impérialiste?

- Pierre Dubuc

Pierre Dubuc est directeur et rédacteur en chef de L’aut’journal, un mensuel progressiste et indépendantiste qu’il a fondé en 1984. Il a publié plusieurs ouvrages dont L’autre histoire de l’indépendance (2003), Pour une gauche à gauche (2010) et Le Québec et la nouvelle donne internationale (2011). Infatigable militant indépendantiste, sensible aux mouvances géopolitiques internationales, c’est à un véritable exercice de décolonisation de la pensée auquel il nous invite avec son nouveau livre Dans quel camp êtes-vous?

Conçu comme une réponse à l’auteur Francis Boucher et à son livre La grande déception. Dialogue avec les exclus de l’indépendance (Éditions Somme toute), qui donne la parole à une quinzaine de personnes issues des communautés culturelles, le nouvel opus de Dubuc réplique brillamment au discours d’une certaine gauche multiculturaliste, qui abhorre l’idée même de nation. Il cherche également à identifier des solutions aux malaises exprimés par plusieurs membres de la diversité québécoise, ces « exclus de l’indépendance » choqués par le discours de Jacques Parizeau en 1995 sur « le vote ethnique », la Charte des valeurs québécoises du Parti québécois en 2014 et plus récemment encore par la loi sur la laïcité du gouvernement de la Coalition avenir Québec de François Legault.

Au fil des dix chapitres qui composent son ouvrage, Dubuc retrace la ligne du temps, les enjeux sociopolitiques et les événements qui ont façonné l’histoire du Québec en la resituant dans son contexte international. Répondant de façon très pertinente aux enjeux soulevés par Francis Boucher et ses interlocuteurs, il revient sur les thèmes liés à l’immigration, au nationalisme civique et ethnique, à l’islam
et aux questions noire et autochtone. Il termine son analyse en proposant certaines pistes favori-sant le dialogue, le débat, identifiant au passage certains principes fondamentaux qui permettraient de remettre notre lutte de libération nationale sur les rails.

Pour Pierre Dubuc, cette lutte collective devrait également permettre de renouer avec la grande tradition des solidarités internationales qui ont longtemps été porteuses d’espoir. Faisant remarquer, à juste titre, aux adeptes de la Charte canadienne et autres chartes des droits à travers le monde « qu’elles n’ont pas empêché une extraordinaire concentration de la richesse aux mains d’une minorité de bien nantis et de grandes corporations, qu’au cœur de ces chartes se trouve la défense de la propriété privée au détriment des droits sociaux et collectifs », l’auteur en appelle à un combat qui permettrait de mettre à mal les divers lieux d’oppression en Amérique.

Bâti autour de plusieurs chroniques d’abord publiées dans L’aut’journal, le livre de Pierre Dubuc pourra parfois sembler manquer de cohésion, de ligne directrice claire. Mais au final, la profondeur de ses analyses, ses connaissances et sa compréhension des enjeux nationaux et internationaux forment un tout extrêmement riche. Et c’est un réel plaisir de le lire quand il s’intéresse au mouvement indépendantiste décolonisateur des années 1960, qu’il rappelle la solidarité des francophones avec les mouvements noirs américain et québécois (le chapitre sur l’affaire Sir George Williams est savoureux) ou lorsqu’il revient sur notre passé commun avec nos frères et nos sœurs des Premières Nations. « Nous devons revenir à l’esprit qui animait nos ancêtres lorsqu’ils ont signé en 1701, avec 40 nations amérindiennes représen-tées par 1 300 délégués, la Grande Paix de Montréal. […] Comme hier nous avons eu besoin des Autochtones pour passer l’hiver, aujourd’hui, ils ont besoin de nous pour trouver une place à leur mesure dans le XXIe siècle. Du premier jour jusqu’à maintenant, l’harmonie de nos avenirs respectifs dépend d’une approche commune. »

Pierre Dubuc a souvent souligné que L’urgence de choisir, un ouvrage incontournable de Pierre Vallières publié en 1972, avait eu une influence marquante sur son engagement politique et social. Avec Dans quel camp êtes-vous?, l’auteur appelle à cette même urgence de reprendre la lutte de libération nationale et d’émancipation sociale. Il plaide pour un engagement résolument indépendantiste qui répondrait aux besoins et aux aspirations de la nation québécoise, tout en ralliant les minorités et les Premières Nations. Un appel clair au rassemblement des forces, qui servirait nos luttes communes, tout en combattant les véritables visages de l’oppression.

Et vous, dans quel camp serez-vous? 

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