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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

As-tu vraiment besoin de manger, Valérie Simone Lavoie?

As-tu vraiment besoin de manger, Valérie Simone Lavoie?

19 mai 2019 par 


Tous les deux mois, dans le cadre de cette rubrique, Le Mouton Noir présentera une ou un artiste du Bas-Saint-Laurent. Avec l’autorisation de Coline Pierré et Martin Page, Le Mouton Noir s’est inspiré du collectif que ces écrivain. e. s ont publié en 2018 aux éditions Monstrograph, Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger?, un recueil de 35 questions posées à 31 artistes sur leurs conditions de vie, de travail, de création. 
Pour en savoir plus : www.monstrograph.com

Valérie Simone Lavoie est artiste-photographe. Elle vit à Sainte-Françoise, dans la MRC des Basques.

Que réponds-tu quand on te demande quel est ton métier?

Artiste-photographe et travailleuse agroforestière autodidacte.

Pourquoi crées-tu ce que tu crées?

Être en création, c’est une façon tangible de réaliser mes pulsions et mes besoins, mais aussi une façon de pouvoir m’exprimer. La création me permet une interaction à la fois intellectuelle et manuelle, ce qui pour moi rejoint mes différentes aptitudes tout en se consolidant dans une philosophie d’ensemble qui tente d’intégrer plusieurs éléments plutôt qu’une spécialité, pour que le savoir soit infini. J’aime aussi nommer qu’à travers ma quête existentielle, il y a celle d’être constamment en mouvement : me renouveler, essayer des choses inhabituelles, tendre l’oreille aux phénomènes incompris, explorer les endroits délaissés, ressentir mes besoins du présent et briser la routine si elle devient ennuyante. Cette notion du mouvement est également présente dans mes créations puisqu’elle est le cœur de ma démarche. Ainsi, pour moi, il y a une cohérence entre toutes les facettes de ma vie, ce qui me permet une grande liberté d’action et de création tous domaines confondus.

Quel rapport ton travail entretient-il avec la réalité?

Mon travail se penche sur les questionnements identitaires, individuels et de groupe, ce qui me permet d’apprendre à être sensible à mes propres questionnements, sentiments et impressions, mais surtout envers ceux des autres. Les sujets soulevés sont relatifs à l’époque actuelle et évoquent des idées à déconstruire afin d’apprendre à élargir notre conscience à l’acception de soi et des autres. Je crois que c’est ma manière d’être connectée à la réalité, celle d’être d’abord connectée à l’autre et aux autres.

Est-ce qu’il y a des choses dans ton métier qui te mettent en colère?

Oui : le manque d’écoute, le manque d’authenticité, les hiérarchies sociales de classes et de métiers, les codes de valorisation individuelle et le système de financement des artistes (les prix, bourses et subventions sont difficiles et limités, en plus de s’inscrire dans un cycle de dépendance).

Qu’est-ce qui te sauve?

L’isolement, la forêt, mon petit chien jaune, « l’essayage » de divers corps de métier et la création de projets personnels qui tend vers une forme d’autonomie matérielle et alimentaire.

Où est la joie dans ton métier?

Dans la solidarité féminine, dans l’échange de compétences et la réciprocité des connexions, dans l’émerveillement des moments, dans le soulèvement de questions, dans la libération de l’acte de créer, de se sentir forte et armée contre ce qui nous rabaisse.

Est-ce que le fait d’être une femme a une influence sur ton travail ou tes conditions de création?

Tout à fait! J’ai des convictions féministes et je suis sensible à la cause de l’équité des genres et des cultures. Mon travail accentue la place de la femme et des minorités pour donner à voir là où l’on manque d’écoute. Être femme, peu importe le milieu de travail, c’est devoir briser des balises et des comportements masculinistes autour de soi, apprendre à se mettre en place et à prendre sa place sans reproduire les comportements de nos congénères, mais surtout faire preuve de solidarité pour tous les gens dans le même environnement que nous.

Comment t’es-tu organisée pour tenter de vivre de ton art?

En diversifiant mes compétences, en travaillant à l’extérieur des milieux artistiques et en m’autofinançant.

As-tu vraiment besoin de manger?

Oui! Et j’ai besoin de manger sainement, ce qui veut dire pour moi : avoir une alimentation équilibrée et diversifiée qui s’inspire d’une relation harmonieuse avec mon environnement.

Oui! Et j’ai besoin de manger sainement, ce qui veut dire pour moi : avoir une alimentation équilibrée et diversifiée qui s’inspire d’une relation harmonieuse avec mon environnement.

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