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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

À tribord toute!

À tribord toute!

19 mai 2019 par 

En juillet 2011, Anders Behring Breivik faisait sauter une bombe devant les quartiers du premier ministre de la Norvège. Quelques heures plus tard, il débarquait sur l’île d’Utoya et abattait 69 jeunes travaillistes qui participaient à un événement partisan. Dès son arrestation, Breivik soutint que ce n’était que le début d’une guerre contre la gauche, les marxistes et surtout contre les immigrants. Son avocat lui a proposé de plaider la folie passagère. Il refusera en disant au tribunal qu’il était sain d’esprit et que d’autres poursuivraient son combat. Avec ses deux attentats, le terroriste aura fait 77 morts et des dizaines de blessés. Il s’agirait de la plus grave attaque en Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre de morts représente l’équivalent de deux fois le nombre annuel moyen de meurtres dans le pays, et la fusillade par un tueur de masse la plus meurtrière de l’époque contemporaine.

Huit ans plus tard, les groupes d’extrême droite grandissent en secret aux quatre coins de l’Europe, mais aussi ailleurs dans le monde. Au Québec, on connaît La Meute, Les Soldats d’Odin, la Fédération des Québécois de souche et Horizon Québec Actuel notamment. Ces organisations s’affichent ouvertement contre l’immigration. Avec les vifs débats autour de la laïcité, les extrémistes sont sortis de l’ombre alors que « jusqu’à très récemment, ces groupes d’extrême droite refusaient de faire partie de la joute politique et du débat public », affirme Aurélie Campana, professeure à l’Université Laval et spécialiste de l’extrême droite au Canada.

Ces organisations ont constaté que les manifestations publiques engendraient souvent de la grogne au sein de la population. C’est là que ça devient dangereux, car il ne faut pas penser que le silence public de ces groupes signifie la fin du racisme. Les membres sont actifs dans leurs milieux respectifs et tentent d’imposer leurs vues un nouvel adepte à la fois. Et ça fonctionne, les réseaux sociaux sont remplis de commentaires de plus en plus racistes, anti-immigration et haineux. Mais il y a de l’espoir.

Prêcher par l’expérience

C’est connu, nous craignons souvent ce que nous ne connaissons pas. Ces peurs s’estompent souvent quand on entre en contact avec des immigrants pas exemple. Pour les adultes encrassés par des années de préjugés, la tâche est plus difficile. Mais les enfants nous donnent une autre leçon de vie.

L’arrivée d’immigrants syriens dans les écoles primaires est un bon exemple. Il suffit de regarder et de poser quelques questions pour constater que la grande majorité des enfants ne font pas de différence entre un copain blanc né ici et un jeune syrien. Il y a donc fort à parier que, dans quelques années, les racistes seront moins nombreux. Il faut continuer d’encourager l’immigration. Non seulement de réfugiés, mais aussi de nouveaux arrivants volontaires.

À une époque où la main-d’œuvre se fait rare dans plusieurs domaines, nous serions mal venus d’empêcher l’immigration. La pénurie de travailleuses et de travailleurs a même des impacts sur d’autres combats que nous menons. Nous prônons l’achat local et la nourriture produite régionalement. Or, début avril, le restaurant Cuisine et dépendance de Rimouski — qui misait sur une cuisine faite à partir de produits régionaux — a été forcé de fermer ses portes en raison notamment du manque de personnel. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Nous devons, comme société dite évoluée et civilisée, continuer de combattre les préjugés et le racisme systémique. Il y a déjà eu trop de conséquences néfastes à cette haine de l’autre, celui qui vient d’ailleurs et qu’on ne connaît pas. Informons-nous avant de critiquer les mœurs et les coutumes des immigrants. Tentons de bannir les amalgames. Soyons ouverts. Soyons citoyens du monde!

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