Tous les chemins mènent à Rivière-du-Loup

Tous les chemins mènent à Rivière-du-Loup

19 mai 2019 par 


Le KRTB, littéralement, c’est un acronyme, plus qu’un territoire, pour désigner une sous-région de la grande région du Bas-Saint-Laurent, formée de quatre municipalités régionales voisines : Kamouraska, Rivière-du-Loup, Témiscouata, Les Basques.

Que cette région soit désignée par un acronyme montre bien que c’est un amalgame territorial résultant de multiples réorganisations administratives et électorales survenues au cours de son histoire.

Le Grand Portage, plaque tournante de l’Est-du-Québec

De tout temps, le Grand Portage amenait chaque été les nomades, les voyageurs, les commerçants de l’arrière-pays micmac et acadien, du grand lac Témiscouata et de la rivière Saint-Jean jusqu’au grand fleuve, à l’embouchure des rivières des Caps, du Loup et des Trois-Pistoles, où s’ouvre son estuaire, gonflé par les eaux du Saguenay, peuplé de baleines et de marsouins, bordé de baies et d’anses où s’aventurent toutes sortes de poissons préhistoriques, et serti de battures et de plateaux où l’on trouve arbres nobles, herbes salées et gibiers de toutes sortes sur terre et dans le ciel.

De tout temps, ce « doux pays » lumineux, baigné par des eaux qui ne sont plus celles d’un fleuve et pas encore celles de la mer, entre les montagnes des Laurentides à l’horizon et celles des Appalaches à l’arrière, fut une plaque tournante et un lieu de rencontre, de commerce, d’échanges et de douceur de vivre, tant pour les peuples autochtones de tout le Canada et même du Maine, Abénaquis, Etchemins, Montagnais, Micmacs, Malécites, Mohawks, Hurons, que pour les Canadiens et même les Britanniques et les Américains. De là, on va vers le Saguenay et la Côte-Nord, vers Gaspé, vers Québec et vers la baie de Fundy. C’est donc dire que tous les chemins mènent à Rivière-du-Loup!

Originellement, le Kamouraska, de La Pocatière (Grande Anse) à Saint-André (L’Islet-du-Portage), et son arrière-pays jusqu’aux lacs Pohénégamook et de l’Est, faisaient plutôt partie de la Côte-du-Sud et des premières grandes seigneuries habitées et cultivées. Rivière-du-Loup fut longtemps la limite du Bas-Canada habité. L’Est ne se développera qu’au XIXe siècle, avec les promoteurs forestiers anglais et écossais. En fait, la Gaspésie était un pays en soi, où régnaient en maîtres les grands seigneurs jersiais de la pêche à la morue « salée séchée », les Robin par-dessus tout.

Dans les années soixante, quand on décida de créer le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec pour remédier au déclin rapide de cette région, dont le port naturel de Gaspé s’était trouvé isolé par le tracé du train intercolonial vers Halifax via la Matapédia, on créa dix régions administratives, et celle du Bas-Saint-Laurent—Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine engloba le Kamouraska, qui ne fut jamais tout à fait de la famille, avec ses grands airs de civilisation. Le Kamouraska continua de faire partie de la région du Bas-Saint-Laurent quand celle-ci fut plus tard séparée de celle de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine pour devenir une des dix-sept régions administratives du Québec.

Sur la carte électorale, le KRTB n’a pas cessé d’être littéralement écartelé. Présentement, au provincial, Kamouraska est rattaché à la circonscription Côte-du-Sud avec Montmagny-L’Islet, tandis que Rivière-du-Loup et Témiscouata forment une circonscription à eux deux, alors que Les Basques sont rattachés à Rimouski; au fédéral, Les Basques et Témiscouata sont rattachés au comté de Rimouski, tandis que Rivière-du-Loup et Kamouraska le sont à Montmagny-L’Islet. D’autres structures administratives s’entrecroisent pour la gestion de la forêt, de la santé, des écoles, du transport et du tourisme.

Malheureusement, les régions elles-mêmes ne sont toujours pas de véritables entités politiques imputables et autonomes : « L’actuel Collectif régional de développement, qui réunit les préfets de la région, est loin d’avoir les moyens qu’avait la défunte Conférence régionale des éluEs pour coordonner et accompagner les grands dossiers de la région », déplore Michel Lagacé, préfet de la MRC de Rivière-du-Loup. 

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