L’image corporelle à l’ère des réseaux sociaux

L’image corporelle à l’ère des réseaux sociaux

19 mai 2019 par 

Premier long-métrage documentaire du réalisateur Julien Boisvert, S’affranchir de l’image, produit par la maison de production rimouskoise Tapis Rouge Films, s’intéresse à la question de l’image à l’ère des réseaux sociaux.

Les enjeux entourant les standards de beauté sont de plus en plus discutés, et Julien Boisvert souhaitait avec son documentaire jeter une lumière différente sur le sujet, alors que la conversation a parfois tendance à se concentrer presque uniquement sur le culte de la minceur. Ceux qui prennent la parole dans S’affranchir de l’image parlent de poids oui, mais au fil des rencontres, Julie, à travers qui le questionnement prend forme, nous guide vers une multitude d’individus qui revendiquent une pluralité corporelle dans une perspective beaucoup plus large. On y rencontre entre autres Laurence Parent, chercheuse et activiste en Crip Theory, un mouvement cherchant à affirmer les handicaps comme une identité propre. Anastasia Marcelin, originaire d’Haïti, est l’initiatrice du projet 50 nuances de beauté, un défilé de mode qui met en vedette des femmes noires de tout genre. Extrêmement active sur les réseaux sociaux, elle veut dénoncer les ravages du colonialisme et encourager les femmes noires à se réapproprier leur beauté naturelle. Laurence Caron-Castonguay, artiste queer, revendique quant à iel1 un corps en dehors des catégories homme-femme.

Plutôt que de condamner les standards de beauté, Julien Boisvert souhaitait montrer le revers positif de ce phénomène : « J’avais envie de faire un film qui fait du bien, et j’avais envie de montrer la beauté des marginaux. » Il montre donc des gens en action, engagés dans une démarche émancipatrice. Lorsque Julie visite un club naturisme, on rencontre des gens qui proposent un rapport complètement nouveau au corps, libéré du poids de la sexualité et de la séduction. Ces corps donnés au monde pour ce qu’ils sont, ni plus ni moins, sont le rappel que nous sommes tous pareils dans nos étonnantes différences et merveilleusement plus divers que les corps léchés, aseptisés qui envahissent nos écrans.

Plusieurs des protagonistes du long-métrage, parfois artistes, parfois militants, produisent des images pour leur travail ou à travers leur engagement, et pour que leurs images soient vues, récupérer les codes de l’industrie semble nécessaire. Ce phénomène se répercute jusque dans la production du film de Julien Boisvert : « Avant S’affranchir de l’image, j’ai fait surtout des films indépendants, artisanaux qui n’ont presque pas circulé, faute de correspondre aux standards de l’industrie. J’ai voulu que ce film soit vu à plus grande échelle. Nous sommes donc allés chercher de plus gros moyens. Mais en travaillant avec Radio-Canada par exemple, tu dois formater ton travail davantage. J’ai dû accepter de faire des changements sur mon montage qui, sans dénaturer complètement le message, lui a enlevé ses dents, son mordant. Même quand tu dénonces une société d’images trop léchées, trop formatées, tu finis par devoir faire la même chose pour que ton message soit entendu. »

S’affranchir de l’image offre aussi un point de vue différent sur la région, magnifiquement représentée tant par les paysages que par les gens rencontrés. « Quand on parle de la région, c’est généralement pour parler des jeunes qui partent, des vieilles mentalités. Je voulais montrer que là-bas aussi, il y a plein de gens qui vivent différemment et qu’il y a énormément d’initiatives. »

La version longue de S’affranchir de l’image est disponible sur Tou.tv et sera télédiffusé sur les ondes de Radio-Canada au cours de l’été.

1. Pronom neutre utilisé par les personnes non binaires remplaçant lui et elle.

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