Le slam, pas juste une performance

Le slam, pas juste une performance

19 mai 2019 par 


Depuis 2011, Marcel Méthot est bien connu pour ses prestations uniques sur la scène de Slam Est-du-Québec. Après avoir été sept fois un des représentants de la région au concours national du Grand Slam de poésie, il gagne la médaille d’argent au Lion d’Or à Montréal en 2013. Son premier recueil de slams a été publié en deux tomes, en 2018 et 2019.

Lorsqu’ils ne sont pas déclamés sur scène, les slams de Tant qu’à écrire! de Marcel Méthot vacillent entre l’autodérision intimiste et l’ironie engagée qui se manifestent à travers une écriture orale et humoristique. Rythmés et originaux, les textes se lisent comme un jeu, et la pensée suit avec plaisir les idées insolites, inusitées. « C’est pas le détour qui fait la fuite / C’est pas l’hameçon qui fait la truite / C’est pas l’abat-jour qui fait la lumière / C’est pas le téton qui fait la brassière  ».

Les néologismes témoignent d’un style propre à l’auteur, même s’il peut arriver de se questionner sur leur nécessité. Pourquoi utiliser « ennuyance » lorsque « ennui » existe déjà. En quoi ces deux mots renvoient à des sens différents? Par ailleurs, malgré des répétitions qui encombrent parfois l’essence des textes, les assemblages sémantiques surprennent et ont une portée philosophique. « La morale de l’histoire c’est qu’il faut être sage / Le pouvoir quel qu’il soit est toujours un mirage / C’est dans l’opposition que la liberté gronde / Jamais les dirigeants n’ont su changer le monde ».

L’engagement dans les slams s’entrevoit par la dénonciation : « Stephan O mon Stephan j’aime comme tu gouvernes / Notre beau Canada surtout lorsque tu bernes / Ces vils scientifiques qui réclament des fonds / Pour que la vérité soit remise en question ». La plupart des rimes dans l’ensemble du recueil n’atténuent pas le sens des propos, au contraire, elles donnent du rythme aux textes.

Si les slams peuvent certainement faire réfléchir, ils dévoilent également une part de vulnérabilité. « Y arrêtait pas de se crise-existentialiser / Dans une rhétorique épistémologie / Ontologiquement frisé / Sur le bout de la langue / En prétendant transfigurer la souffrance / Pour la rendre comestible genre ». Le slameur effleure aussi son rapport à l’écriture dans quelques textes : « Ça vous arrives-tu vous autres / De faire du slam / Sans savoir vraiment c’est quoi la poésie ». Quelques passages se frayent même un chemin vers la sensualité, l’érotisme : « Viens viens / Viens que j’te femme au complet / Dans tous tes recoins coquins / Sous tous tes angles glissants / Que j’te femme épanouie les hormones ». La voix de Marcel Méthot prend ainsi forme à travers une humilité qui accorde à l’œuvre une humanité profonde, complexe et sincère.

L’humour demeure tout de même l’aspect central de son travail. Le slameur entremêle habilement le grotesque à la connaissance, le présent à l’histoire. Le slam « Dissertation » qui aborde le « cul » l’illustre à merveille : « Les hommes des cavernes de la Préhistoire s’en seraient / servis pour se réchauffer, bien qu’il est clair que l’invention / du feu vint mettre des bâtons dans les roues aux élans / pré-libidinales des hipsters primitifs ».

Bien que des néologismes et des répétitions interrompent le fil de la lecture, les textes de Tant qu’à écrire! de Marcel Méthot gardent l’effet spectaculaire qu’ils produisent lorsqu’ils sont récités. Et on a juste envie d’aller voir une de ses performances. 

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