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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Il n’y a plus d’après

Il n’y a plus d’après

19 mai 2019 par 


J’ai eu la chance, il y a quelques mois, de découvrir Paul-Chanel Malenfant à travers un collectif qui lui était dédié. Cette fois, c’est à son dernier recueil de poésie Il n’y a plus d’après que je me suis attelée. Le sujet de l’œuvre est à la fois simple et perçant : la mort d’un amant.

Au départ, j’ai été assez surprise par le style, c’était plutôt classique comme poésie. J’ai eu la vague sensation de me retrouver quelque part dans les années 40, et ce n’est pas négatif en soi, mais c’est surprenant et ça nécessite quelques poèmes pour s’adapter. J’ai même grincé des dents quelques fois devant des mots comme « néant », « âme » et « abîme » qui ont peut-être été trop utilisés dans le passé pour pouvoir encore résonner. C’est Godin qui parlait de ce mot « qui a trop servi/ et qui se demande/ s’il a encore un sens ».

À vrai dire, je me demandais comment un sujet si percutant pouvait être porté par un style aussi studieux. J’ai eu l’impression de me trouver devant un mur construit à coup d’adjectifs et de synonymes de ces mêmes adjectifs, mais c’était évident que derrière cette « pudeur littéraire », il y avait une tout autre réalité qui hurlait, parce qu’après tout, c’était de Malenfant qu’il s’agissait. Pour l’entendre, il fallait s’attarder à toutes ces strophes, ces vers qui se suffisaient à eux-mêmes, et cette sensation que l’auteur avait voulu trop en faire s’effacerait au bout de quelques poèmes. « Tu étais encore parfaitement présent/ quand j’ai commencé à penser/ à toi au passé. »

Dans ces poèmes de Malenfant, une colère et une infinie tendresse cohabitent sans jamais pourtant se faire violence. Une tendresse pour l’amant qui meurt, et une colère contre cette mort qui n’a rien de grandiose, qui n’est pas à la hauteur de l’être aimé et qui pourtant, prend tout ce qu’elle veut sur son passage. « Tu meurs mal ». Et quand plus rien ne tient, le poète tend les bras et s’appuie sur ce dont il ne doute pas : ses sens, ou il court se réfugier avec un demi-mort sur les épaules quelque part dans l’enfance. « Je nous parle aux sons/ récitatif d’opéra,/ déclinaison d’anciennes syllabes romaines,/ entre des seins de femmes nues/ mues de la langue maternelle, mortelle./ Le lait a le goût de sperme et de sang mêlés. »

Puis, le demi-mort finit par mourir complètement et laisse derrière lui un « je » qui doit se reconstruire et réapprendre à vivre au singulier. « Avoir froid/ dans le dos/ je n’avais jamais/ eu froid/ avant ta mort/ dans le dos ». Cette reconstruction se fait lentement et durement, mais elle se fait sous le signe de l’art. Les références et les citations peuvent d’ailleurs paraître trop nombreuses, mais elles témoignent d’une histoire à deux qui est la leur, mais qui aurait pu être à d’autres. 

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