À quand une vraie réforme de l’éducation?

À quand une vraie réforme de l’éducation?

17 mars 2019 par 

PHOTO:MALIKA LANGELIER


Le ministre de l’Éducation a raison de croire qu’il faut que les étudiants restent à l’école jusqu’à l’âge adulte, et, par ailleurs, plus tôt l’État leur offre un soutien, mieux ce sera. Mais pas comme ça. Pas avec un système dans cet état.

It’s like putting lipstik on a pig. Traitons les problèmes aux sources et les symptômes s’en iront. Nous manquons d’enseignants. Nous manquons de ressources adaptées, de locaux propices à la pédagogie. Nous manquons même d’une structure administrative adaptée aux besoins des élèves et non simplement ajustée à une liste de suppléants.

Les élèves ont besoin d’enseignants, d’espace, d’une possibilité de s’épanouir, quelles que soient leurs forces et leurs faiblesses.

Il y a quelques semaines, j’ai lu dans Le Devoir qu’il était ridicule qu’on valorise l’effort plutôt que la réussite scolaire et qu’il était temps qu’on cesse de dorloter les élèves. Je ne pense pas que réinstaurer la rigueur disciplinaire dans le système scolaire va améliorer les choses. Les enfants ne sont pas la source du problème. C’est plutôt nous qui devons cesser d’enseigner de la même façon à tous les élèves. C’est nous qui devons cesser de dévaloriser les élèves chaque fois qu’ils ont un peu de difficulté. Nous devons leur offrir l’environnement d’apprentissage le plus sain et le plus adapté possible, au lieu de les enfermer dans des classes de trente avec un seul enseignant.

Réformes

Le Québec a connu deux vraies réformes en éducation : d’abord dans les années 1960, l’éducation classique offerte par le clergé a cédé la place à la création des polyvalentes, des collèges d’enseignement général et professionnel et aux universités du Québec; la laïcisation finale des écoles primaires et secondaires s’est ainsi concrétisée et, en 2007, est arrivé le programme Éthique et culture religieuse.

Aujourd’hui, c’est de main-d’œuvre et d’organisation dont on manque cruellement. Des enseignants tous très compétents se démènent pour survivre dans des classes surchargées, les suppléants, en nombre insuffisant, travaillent dans les tranchées, avec des appels de dernière minute qui les amènent un peu partout sur un vaste territoire sans aucune stabilité. Que fait-on pour contrer la pénurie de suppléants? On ouvre la porte aux gens avec un baccalauréat disciplinaire et de l’expérience en enseignement. On a même créé en Abitibi un certificat en accompagnement à l’enseignement primaire pour former les suppléants. On traite les symptômes au lieu de traiter le problème.

Les suppléants sont payés très cher pour compenser l’instabilité qu’ils vivent. Mais si on utilisait plutôt cet argent pour assigner plusieurs enseignants par classe et ainsi diminuer leur charge de travail? De plus, comme des systèmes de parrainage des nouveaux enseignants existent déjà, pourquoi ne pas parrainer en intégrant un jeune enseignant dans une classe qui fonctionne déjà. Par ailleurs, avoir deux enseignants par classe réduirait le nombre de suppléants nécessaires, car les deux pourraient éviter de s’absenter en même temps. De telles tentatives ont été vues au cégep de Gaspé, mais c’est au secondaire et au primaire que cela changerait vraiment la donne.

Être créatif

La création d’écoles intergénérationnelles réglerait aussi beaucoup de problèmes. Les étudiants en enseignement devraient étudier dans les mêmes écoles où ils enseigneront, et apprendre sur le terrain. J’ai entendu beaucoup de jeunes finissants se plaindre de ne pas avoir appris à l’université ce qu’ils enseigneront au secondaire, même durant leurs stages.

De la même manière que les médecins qui passent la majorité de leurs études dans les hôpitaux, ce qui est sensé, les étudiants en adaptation scolaire et en éducation spécialisée sont des candidats idéals pour les garderies, les écoles primaires et les classes en adaptation scolaire, qui constituent des lieux d’apprentissage souvent plus efficaces que la salle de classe collégiale ou universitaire.  

Les étudiants au baccalauréat en enseignement sont quant à eux d’excellents candidats pour la suppléance, le tutorat, la surveillance, la sensibilisation à l’intimidation, le parrainage, voire l’assistance en classe ou même la correction. Mais c’est aussi le cas des étudiants aux baccalauréats disciplinaires.

Les modèles scolaires scandinaves, indiens ou ceux du Bhoutan offrent également de belles idées, comme le retrait des « disciplines » dans les écoles primaires pour aborder la matière sur un mode interdisciplinaire. Ils intègrent aussi la sieste, la méditation et des cours sur la conscience environnementale.

Il faut cesser de considérer les écoles comme des « entreprises » et petit à petit les ramener à ce qu’elles doivent être : des lieux d’échange, des communautés pour la formation de citoyens et le développement des savoirs.

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