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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Chauffer le dehors pour se chauffer le dedans

Chauffer le dehors pour se chauffer le dedans

17 mars 2019 par 

PHOTO: Sophie Gagnon-Bergeron

Avec son troisième recueil publié chez La Peuplade, Marie-Andrée Gill émeut encore par sa poésie unique et puissante. Cette fois, les poèmes de Gill conjuguent le déchirement amoureux, le quotidien et ses origines autochtones, dans une langue qui lui permet de renouveler ces thèmes maintes fois abordés. Chauffer le dehors, c’est entretenir la nostalgie de l’autre à coup d’images simples et profondes. C’est l’espoir comme une bête qu’on nourrit, mais qu’on désire voir mourir. C’est se redécouvrir sans le prolongement de l’autre. Un trop-plein de manque.

À travers la lecture, les poèmes s’éclairent les uns les autres en illustrant les étapes du deuil amoureux. Le déni, la tristesse, la résignation s’entremêlent dans l’ordinaire, pour atteindre l’acceptation dans le calme que procure la nature. « Je laisse le territoire m’éparpiller comme les oiseaux / migrateurs savent pas se perdre. » La structure du recueil constitue une force parce qu’en plus de l’autonomie de chaque poème, une histoire se déploie dans l’ensemble.

Les poèmes nous plongent dans le beau de la douleur. Ils rendent compte d’une vulnérabilité sincère. Les poèmes comme une mise à nu de l’intériorité. L’univers créé par les images soucieuses du détail est un élément exceptionnel chez Gill qui permet de passer du singulier à l’universel. Chacun des mots est choisi avec précision et tous participent à magnifier l’ordinaire. Par exemple, lorsqu’elle écrit : « Sous le soleil de neige chaude je te remplace par / les sentiers que j’ouvre et tape avec la force de ma / chaleur de femme, par le chemin brillant de chaque / dièse que les flocons font en naissant. »

À la fin, le recueil s’ouvre sur la possibilité de renouer avec l’intériorité : « C’est […] / dans tout ce que la lenteur permet / par-dessus mon respir croche / que je laisse le temps / accorder sa guitare / comme du monde ». Le temps sera le moteur de réconciliation entre soi et le monde. Entre le dedans et l’extérieur. Et la nature est le sentier à suivre pour retrouver sa propre voie.

L’œuvre évoque donc l’idée que la neige peut être un bon isolant. Que parfois, il faut chauffer le dehors, pour se chauffer le dedans.

Marie-Andrée Gill, Chauffer le dehors, La Peuplade, 2019, 104 p.

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