Sortir du capitalisme toxique

Sortir du capitalisme toxique

15 janvier 2019 par 

Walking Dead est une allégorie de la fin du monde, non pas causée par des hordes de walkers mais bien par l’humanité elle-même arrachée trop violemment au monde capitaliste aliénant, qui a le mérite de nous projeter dans des contextes chaotiques plus qu’envisageables. Photo : Gene Page/AMC


Les crises se multiplient sur la planète. Elles sont économiques, financières et bancaires mais également alimentaires, énergétiques, climatiques et politiques. Les tenants du capitalisme sont préoccupés, car notre système est mis à mal. Devrait-on s’en offusquer alors que nos sociétés consuméristes épuisent les ressources naturelles, polluent l’environnement et exploitent les plus pauvres de la planète?

Basé sur la propriété privée des moyens de production, le système capitaliste est structuré dans le but de maximiser les profits. Il présuppose la liberté de commerce et met en scène un marché d’acheteurs et de vendeurs. Il est donc généralement admis que plus un pays a de richesses à offrir, plus il est en mesure d’augmenter le niveau de vie de ses habitants. Dans ce contexte, il est convenu de produire plus de richesses, d’une année à l’autre, dans le but de favoriser la croissance. Selon Oxfam, 82 % de la richesse mondiale en 2017, estimée à 762 milliards de dollars, a été séquestrée dans les comptes bancaires du fameux 1 %, les plus fortunés du globe. Cela représente sept fois les fonds nécessaires pour mettre fin à l’extrême pauvreté! La moitié de la population mondiale, soit 3,7 milliards de personnes, n’a pas touché le moindre sou. Fort heureusement, ce système économique est dénoncé par plusieurs intellectuels, entre autres par l’économiste Kenneth Boulding, à qui l’on doit cette savoureuse citation  « Celui qui croit à une croissance exponentielle infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

En finir avec la croissance?

La décroissance est un concept plutôt moderne, avancé par certains critiques du XIXe siècle1 et porté plus en avant avec la publication du rapport Meadows2 déposé par le Club de Rome en 1972, à l’aube du premier choc pétrolier. Ce rapport affirme que le monde est fini et qu’il faut ralentir notre croissance (économique et démographique) en fonction des limites des ressources de la planète. De nombreux économistes sonneront la charge contre cet audacieux (ou prétentieux, c’est selon) constat, la plupart s’en remettant aux prouesses technologiques dont l’espèce humaine est capable, qui permettraient de maintenir la croissance par une utilisation économe et écologique des ressources. Pour eux, l’arrêt de la croissance est synonyme de chaos social, notamment en termes d’emplois, mais également en termes de migrations massives incontrôlées.

Allons-y, on s’arrache!

Mais qu’a donc à offrir cette décroissance pour voir en elle une solution à la dérive économique et sociétale? Selon Paul Ariès, politologue français et écrivain, la décroissance est avant tout une libération du travail productiviste et oppressant, de la consommation frustrante, de la société individualiste, c’est une réappropriation d’une vie digne et conviviale, c’est plus de temps, plus de liens, plus de culture, plus de démocratie et surtout enfin, c’est se réapproprier le sens que nous voulons donner à nos vies. Mettre en œuvre une telle entreprise nécessite du temps (voire plusieurs générations), mais par-dessus tout un état de conscience insoupçonné. Pour l’heure, l’humain a davantage la dégaine d’un zombie… Aurons-nous la sagesse d’entreprendre individuellement cette décroissance et de nous inspirer les uns des autres? Militer en ce sens, c’est proposer qu’il est encore possible de mettre en œuvre une décroissance choisie. En raison des bouleversements climatiques actuels et à venir, il est permis de croire que cette décroissance sera subie, conséquence indiscutable et incontrôlable du dépassement des limites physiques de la planète.

L’éveil des zombies

Rassurez-vous, je ne ferai pas l’éloge de la série américaine Walking Dead. Quoique cette allégorie de la fin du monde, non pas causée par des hordes de walkers mais bien par l’humanité elle-même arrachée trop violemment au monde capitaliste aliénant, a le mérite de nous projeter dans des contextes chaotiques plus qu’envisageables. Les bouleversements climatiques s’accentuant à une vitesse folle pourraient très bien agir comme catalyseur et nous plonger dans de très fâcheuses positions mettant à jour ce qu’il y a de plus vil en nous. Le traitement que nous infligeons actuellement aux millions de migrants sur la planète laisse envisager le pire. L’économiste Christian Arnsperger3 propose de s’extirper en douceur (il est là le défi) de notre condition d’aliénés. Selon l’auteur, cette condition est sine qua non au déploiement d’un nouveau genre humain qu’il identifie comme un militant par l’exemple. Un citoyen dont la pratique individuelle sera orientée vers le collectif. Ce citoyen militant pratiquera la simplicité volontaire, embrassera consciemment le renoncement et le lâcher-prise et promouvra la démocratie.

La 24e conférence sur le climat se tenait dernièrement à Katowice en Pologne. Le temps du constat est fini, il faut d’urgence passer à l’action. C’est la sonnette d’alarme que tire le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Nos habitudes mettent en danger notre propre survie. Nous devons ralentir notre consommation au plus vite. D’après le WWF, si des efforts draconiens en ce sens ne sont pas engagés, la hausse globale des températures sera de l’ordre de 3 °C… Imaginez, une augmentation de 2 °C constituerait déjà une catastrophe. C’est le temps d’agir!

1. Le philosophe Henry Thoreau, les écrivains John Ruskin et Léon Tolstoï, le journaliste et économiste Paul Lafargue, etc.

2. Intitulé The Limits to Growth (en français Les limites à la croissance).

3. Voir Éthique de l’existence post-capitaliste. Pour un militantisme existentiel.

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