dernier numéro

Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Plus de femmes en politique municipale?

Plus de femmes en politique municipale?

15 janvier 2019 par 

Annie Veillette, conseillère municipale à Matane et membre du comité de suivi du projet. À 25 ans, elle est non seulement la plus jeune membre du conseil, mais également la seule femme. Photos : Laurie Cardinal


Lors de la dernière campagne électorale provinciale, la question de la participation des femmes a suscité beaucoup d’enthousiasme. On a salué l’effort des partis pour présenter un nombre de candidates se situant dans la zone paritaire, puis célébré le nombre record de femmes élues à l’Assemblée nationale, avec 52 députées (42 %). Pendant ce temps, au municipal, la représentation des femmes est en relative stagnation, passant de 28 % de candidatures féminines en 2009 à 31,3 % en 2017. Au Bas-Saint-Laurent, on compte tout juste 15 % de mairesses, un manque de diversité préoccupant à la tête de nos gouvernements locaux. Mais comment inciter les municipalités, tout comme l’ont fait les partis provinciaux, à déployer des efforts pour attirer davantage de femmes?

Dans le cadre du projet « Plus de femmes en politique? Les médias et les instances municipales, des acteurs clés » mené par la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent (TCGFBSL) et ses partenaires, sept municipalités de la région ont accepté d’agir à titre de « laboratoires de pratique » et d’expérimenter des actions pour favoriser la participation des femmes en politique.

L’an dernier, plus d’une centaine d’élues et d’ex-élues des trois régions participantes — Mauricie, Montérégie et Bas-Saint-Laurent — se sont exprimées au cours de groupes de discussion sur les obstacles à l’accession des femmes aux conseils municipaux et à leur maintien en poste, et surtout, sur les manières de lever ces obstacles. Des idées bien concrètes ont mené à cibler trois stratégies — portant sur la structure, le climat et les communications — devant être expérimentées au Bas-Saint-Laurent. Depuis le début de l’automne, les municipalités de Saint-Pascal, de Saint-Elzéar-de-Témiscouata, de Rivière-du-Loup, de Sainte-Luce, de Price, de Sainte-Flavie et de Matane se sont jointes au projet.

Les communications : l’exemple de Matane

Une étude réalisée par l’UQAM dans le cadre du projet concluait récemment que la médiatisation des candidatures de femmes lors des élections municipales de 2017 était encore plus inégale que leur représentation : 37 % de candidates occupant 29 % de l’espace médiatique. Pour les partenaires du projet, l’aspect de la communication est donc incontournable et deux villes travaillent d’ailleurs sur cet aspect, soit Rivière-du-Loup et Matane.

La Ville de Matane s’est dotée d’un plan d’action comprenant différentes mesures visant à rendre la fonction d’élu ou d’élue plus accessible et plus attrayante. « On travaillera par exemple à ce que les membres du conseil soient davantage mis de l’avant dans les médias et lors des événements publics, notamment lorsqu’il est question des dossiers dont ils ont la charge », explique Annie Veillette, conseillère municipale et membre du comité de suivi du projet. À 25 ans, elle est non seulement la plus jeune membre du conseil, mais également la seule femme.

Pour cette étudiante à la maîtrise en développement régional, l’intérêt pour la politique municipale allait de soi, mais pas le fait de se présenter comme candidate. « Puis, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de prérequis. Pour bien représenter les citoyens et les citoyennes, il faut simplement de l’écoute, beaucoup de lecture et de réflexion et être capable de se projeter vers ce que l’on souhaite pour notre communauté », explique-t-elle.

Être une jeune femme entourée de conseillers plus âgés nécessite toutefois une bonne capacité d’adaptation. « Nous sommes de générations différentes et avons des intérêts différents, mais je me sens respectée et appréciée pour ce que j’apporte. Au fond, être un peu perdue à travers une conversation de chasse et pêche, c’est peut-être le prix à payer pour représenter une certaine diversité au sein du conseil », dit-elle en riant. « S’il y avait un peu plus de femmes et de jeunes dans les conseils municipaux, je crois que ça aurait un effet d’entraînement. Les gens n’auraient plus la perception que la politique municipale, c’est seulement une affaire d’hommes dans la cinquantaine. Et pour atteindre cet objectif, les municipalités ont un rôle à jouer », conclut la jeune conseillère.

Les suites du projet

Les plans d’action adoptés par les sept municipalités laboratoires de pratique se déploieront au cours des prochains mois. Dès l’automne 2019, les résultats permettront de cerner les meilleures pratiques afin d’inspirer d’autres municipalités et les inciter à entreprendre aussi des actions en faveur d’une représentation plus égalitaire.

Le projet « Plus de femmes en politique » est rendu possible grâce à un financement de Condition féminine Canada. Les partenaires impliqués sont la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent, la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie, la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie, de même que le Groupe des médias étudiants de l’UQTR.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe