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Vol XXIV No 3, janvier-février 2019 Actualités et plus

Et si nous réécrivions les livres scolaires?

Et si nous réécrivions les livres scolaires?

19 janvier 2019 par 


Le dernier Salon du livre de Rimouski accueillait pour une quatrième année les conférences « Modeler le futur » qui coïncidaient avec les 22e Journées québécoises de solidarité internationale (JQSI). Organisées pour une 5e année dans le Bas-Saint-Laurent par le Carrefour international bas-laurentien pour l’engagement social (CIBLES), les JQSI avaient cette année pour thème le rôle du système d’éducation dans la compréhension des enjeux internationaux. Pour réfléchir à l’urgence d’établir une plus grande solidarité entre les peuples, Sarah Charland-Faucher, coordonnatrice du CIBLES, a réuni autour d’une même table l’artiste et enseignante d’innu-aimun Joséphine Bacon, la chercheure et spécialiste de l’histoire des femmes Osire Glacier et l’enseignant au secondaire et doctorant en sciences de l’éducation Francis Charlebois.

Dans son allocution, Joséphine Bacon a souligné que le spectre néocolonialiste était bel et bien présent dans l’enseignement de l’histoire. Le néocolonialisme se reflète aussi dans l’exploitation des territoires ici, au Québec et au Canada, entre autres par l’invisibilité de peuples et de groupes marginalisés, comme les Premières Nations, dans nos repères historiques et sociaux. Mme Bacon souhaiterait que les Premières Nations soient présentées autrement en laissant les Autochtones raconter leur propre histoire avant l’arrivée des hommes blancs.

De son côté, Osire Glacier, spécialiste de l’histoire des femmes, de la politique du genre et des droits de la personne, a parlé de ses préoccupations au sujet de l’enseignement et de la recherche universitaire. Elle a mentionné qu’avec les compressions budgétaires dans les universités québécoises, les premiers cours qui tombent concernent les femmes et les personnes racisées. De plus, c’est présentement une majorité d’hommes blancs qui transmettent les connaissances relatives au monde arabe, véhiculant une perspective et un corpus euro et nord-américain centrés. À travers cette perspective, on enseigne plutôt mal des concepts (peu inclusifs) qui reflètent une vision du monde non représentative de la réalité : image de la religion musulmane négative et occultation par les médias des luttes démocratiques menées par une grande partie de la population arabe. Les savoirs développés par les penseurs arabes sont basés sur une forte symbolique à l’opposé du fonctionnalisme des savoirs occidentaux. C’est donc tout un pan du savoir moyen-oriental qui est exclu au profit des savoirs originaires de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Francis Charlebois a enchaîné en précisant que l’accès au marché du travail est, dans le système d’éducation actuel, le principal objectif à atteindre, ce qui occulte l’idéal du mieux vivre ensemble. Selon M. Charlebois, l’école devrait aussi participer à la construction d’une culture forte, à une meilleure compréhension des enjeux sociaux et au développement de l’envie des jeunes de s’impliquer activement dans la société. Les manuels scolaires guident les enseignants et les enseignantes, mais sortent rarement du cadre. Ce sont essentiellement les enseignants et les enseignantes qui portent le Programme de formation de l’école québécoise. C’est à ces individus que revient la lourde tâche d’ouvrir de nouveaux horizons, même s’ils sont parfois eux-mêmes limités dans leurs connaissances et leurs aptitudes. Francis Charlebois indique que les classes sont surchargées et qu’on oublie le plaisir d’apprendre, à l’instar de Joséphine Bacon qui dit que si on rit en enseignant et en apprenant, on retient beaucoup mieux.

Le personnel enseignant se heurte aussi aux formes d’évaluation. L’évaluation n’a pas pour unique fonction de mesurer les acquis des élèves, mais aussi d’indiquer le taux de réussite des écoles, d’apprécier la performance et le rendement des établissements scolaires par la reddition de comptes au ministère. Les structures administratives sur lesquelles le système de l’éducation est bâti briment la spontanéité et l’imagination des jeunes pédagogues qui ont aussi à vivre avec une précarité d’emploi. Malgré ce contexte, il y a quand même des enseignants et des enseignantes qui font des choses extraordinaires, il faut les soutenir.

Plus de compassion

Finalement, les trois panélistes étaient d’accord pour dire que l’enseignement de la compassion devrait prendre une plus grande place dans les apprentissages, et ce, à tous les niveaux. Ils s’entendaient aussi sur le fait que des savoirs préalables sont nécessaires pour comprendre les questions géopolitiques du Moyen-Orient ou l’histoire des Premières Nations et il serait préférable que ces connaissances soient transmises par les personnes concernées par ces réalités.

Du même fait, la formation des maîtres est à revoir. Les futurs enseignants et les futures enseignantes, du primaire à l’université, ne sont actuellement pas outillés pour réfléchir à leurs pratiques et aux impacts concrets qu’auront ces pratiques sur la vie des autres. Le baccalauréat en enseignement est devenu, au fil des ans, un amas de compétences techniques reliées à la didactique. Quand le nouveau personnel enseignant est lui-même le fruit du système d’éducation, comment pouvons-nous ne pas nous enfermer dans un cercle vicieux?

Pour qu’un système éducatif favorise le développement d’une plus grande solidarité entre les peuples, il faut décloisonner l’enseignement et s’ouvrir aux autres, connaître et respecter leur environnement, leur milieu. Selon Joséphine Bacon, le contact avec la nature pourrait transcender les différents environnements dans lesquels nous évoluons et faciliter la connexion aux autres, malgré nos différences. 

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