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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

Une œuvre inclassable

Une œuvre inclassable

6 novembre 2018 par 


Il y a quelques mois, paraissait chez Boréal Le Temps présent de Maxime Catellier, un essai assez lisse et studieux. Le voilà qui revient avec une œuvre d’un tout autre style : Mont de rien, paru chez L’Oie de Cravan en octobre dernier.

Au début de ma lecture, j’essayais de classer le livre dans un genre, de le mettre dans une boîte et je n’y arrivais pas. La couverture indiquait roman, mais on choisit souvent ce genre parce que c’est plus vendeur. Ce n’était pas non plus de la poésie ou des nouvelles. C’était plus hybride. Puis, j’ai réalisé que tout ce que je voulais c’était de me conforter un peu. Je voulais lire quelque chose que je connaissais déjà, mais je passais à côté de l’essentiel. J’ai donc mis tout ça de côté et j’ai recommencé.

Dans Mont de rien, Maxime Catellier offre un narrateur enfant crédible et surtout sensible. « C’est là qu’on va boire des liqueurs / les plus vieux boivent de la bière / et il y a toujours le même / vieux bonhomme bizarre / qui vient ramasser les vides […] L’autre fois Hamelin pis / sa gang ont fait semblant / qu’ils allaient lui donner / leurs vides / et à la dernière seconde / ils les ont cassées devant lui / je trouve ça vraiment con / c’est triste pour lui / parce que les vides cassées / le dépanneur les prend pas. » Il y a ici et là quelques incohérences – le narrateur vieillit, mais pas sa voix narrative, et il connaît certaines choses qui devraient lui échapper – mais rien qui ne nous fasse trop décrocher.

En fait, je n’ai pas pu m’empêcher de comparer le narrateur de Mont de rien à celui de La Vie devant soi d’Émile Ajar, pas tant pour le style que pour les vérités d’adulte balancées au visage par une bouche d’enfant. « La première fois que j’ai vu papa pleurer / C’était à la mort de grand-maman / un matin de mai / Mon père pleurait, c’était plus vrai que mes crises c’était peut-être la fin / de quelque chose […] j’avais peur que / toutes les histoires soient vraies. »

Ce recueil se lit d’un souffle, les vers se suivent dans un enchaînement qui coule, tout est très fluide. Seule la partie La prolongation freine un peu. On a tout d’un coup affaire à un bloc de quinze pages sans ponctuation finale, sans paragraphes. Je comprends l’idée, instaurer un rythme, le briser, mais la coupure est tellement sèche et longue qu’on perd notre souffle plutôt que de tomber sur un second élan.

C’est un terme que je trouve gros, lourd de sens, mais il y a dans Mont de rien quelque chose d’universel, de par les anecdotes précises, l’enfant qui vieillit, qui voit le temps passer, qui a peur de disparaître, des thèmes qui sont récurrents chez Catellier. 

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