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Vol XXIV No 3, janvier-février 2019 Actualités et plus

Lenteur et lumière verte

Lenteur et lumière verte

6 novembre 2018 par 


« je rêve d’une poésie bleue / à la lenteur de l’île »

Dans Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, les poèmes s’enchaînent comme on égrène un chapelet. Des portraits des habitants de l’île, des descriptions laconiques des paysages maritimes et de nombreuses réflexions sur la lumière s’alignent sur la guirlande de Nicolas Lauzon. Paru aux Éditions du passage cet automne, le recueil est le fruit de deux mois de résidence artistique sur l’île Verte, à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, village qui donne son titre au livre. Le poète a occupé le rôle de gardien du phare durant tout un été. Quittant les conifères de Rouyn-Noranda, Lauzon s’est rendu jusqu’au Bas-du-Fleuve afin de « commencer par le commencement / un rêveur et une île ».

Comme Félix Leclerc, célèbre insulaire qui cueille son bonheur dans sa chanson, Lauzon désire, à son arrivée sur l’île, cueillir une certitude. Or, son projet changera au fil des pages. Il s’agira au final de rendre compte de la lumière qui découpe rigoureusement son sujet, de tenter de donner à voir la voix qui parle, l’oreille qui écoute et la promenade intérieure de l’esprit – des objectifs plus humbles et plus intéressants. Par ailleurs, un des aspects les plus réussis du recueil est sans nul doute la réflexion sur la pratique artistique à laquelle s’adonne le poète. En filigrane des descriptions documentaires se dessine un commentaire introspectif teinté d’autodérision. Ce « rimeux de quatrième trio », comme Lauzon se nomme (à tort), affirme qu’une fois ses carnets de notes remplis, « la suite ne sera / qu’une question de filtres », résumant bien le rôle du poète : offrir un regard singulier sur une – sur la? – réalité.

De l’épigraphe à la dernière page du recueil, la lumière y est maître. Qu’elle soit « jet », « feu de Bengale », quelque chose à « affronter » ou encore dont on doit déterminer le « poids », la lumière obsède le poète. Le phare éclaire le voyageur perdu, lui sert de repère dans la tempête, lui indiquant la voie à suivre pour arriver à bon port. La lumière – sous toutes ses formes – agit de même pour Lauzon. Mais le poète qui cherche « où l’universelle poésie de la lumière / prend son sens » en épluchant des patates est un poète qu’il fait bon suivre sur le sentier de la réflexion. Sa plume épluche des théières vides, des cendriers pleins, des couchers de soleil captés avec une GoPro et des coudes levés jusqu’à plus soif dans un bar qui n’a pas d’heure de fermeture. Des moments qui prennent forme et importance sous ses yeux. Grâce à un regard d’une grande humanité, tour à tour affectueux et dépouillé, admirateur et détaché, Lauzon fait l’inventaire des « pacotilles » qui composent une vie. Mais un danger guette ce genre de travail. Ainsi, les passages en discours direct des Verdoyants sont les bienvenus, puisqu’ils offrent un autre souffle rythmique au recueil qui menace quelquefois de s’affaisser sous la monotonie des observations documentaires du poète.

Malgré quelques tournures plus forcées : « l’insupportable rose nanane / du ciel de nos illusions », le quatrième recueil de Nicolas Lauzon constitue un bel hommage à la force de la lumière et au rythme de vie lent des Verdoyants, dont le poète a adroitement su imprégner ses vers.

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