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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

Le premier prix Contre-jour

Le premier prix Contre-jour

5 novembre 2018 par 

Un des livre en compétition


Le 14 octobre dernier, les trois finalistes au tout premier prix Contre-jour de l’essai littéraire étaient annoncés lors du Salon du livre de l’Estrie. Le prix, décerné sur une base bisannuelle et accompagné d’une bourse de 1000$, vise à donner une visibilité nouvelle à un genre florissant au Québec en récompensant de nouvelles voix essayistiques. La ou le gagnant sera annoncé lors du Salon du livre de Montréal, qui se tiendra du 14 au 19 novembre prochain. Cette année, le jury était constitué de Laurence Côté-Fournier, Guillaume Ménard et Vincent Lambert, qui ont souligné les mérites des trois essais finalistes.

Gabrielle Giasson-Dulude, Les chants du mime (Noroît)

Les chants du mime possèdent une voix humble, patiemment attentive à la singularité de l’œuvre d’Étienne Ducroux, dont le parcours nous montre les ramifications historiques, politiques et esthétiques de l’art du mime. Cette apparente humilité, pourtant, ne diminue pas l’ambition de ce projet faisant honneur à l’idée même de l’« essai ». La quête de Giasson-Dulude, celle de rendre sensible par les mots une expérience qui réside tout entière dans le mouvement silencieux du corps, se construit en effet autour de la difficulté de mettre en relation des formes aux langages opposés. Néanmoins, l’auteure, à coup de fragments et de reprises, de réflexions philosophiques et d’esquisses poétiques, sait user de toutes les ressources de l’écriture pour dévoiler la beauté et la puissance insoupçonnées de cet art. Gabrielle Giasson-Dulude a créé une forme unique pour rendre hommage au mime et, ce faisant, offre un essai éblouissant, véritable éthique de l’attention au monde. ­­­

Filippo Palumbo, Un thé avec le chapelier fou (Nota bene)

« Vivre avec les spectres : telle est notre tâche. » L’injonction de Filippo Palumbo se referme sur son mystère, mais, précisément pour cela, séduit. Dans Un thé avec le chapelier fou, il n’en va jamais autrement. L’entreprise de cet essai est de tenir à distance les certitudes consolatrices mais aliénantes qui font l’ordinaire des jours et des vies. Prenant l’œuvre de Kafka, de Nietzsche, de Tolstoï et d’Hubert Aquin comme autant de relais, ce sont les notions d’identité, de reconnaissance sociale et de savoir, notamment, que met à mal l’essayiste. L’essai de Palumbo est au fond à comprendre comme un ébranlement du sens commun — mais un ébranlement au profit de quoi, pourrait-on se demander? Au profit des spectres, justement, qui désignent chez Palumbo l’ouverture à l’incertitude des choses, au vacillement permanent du monde. La réussite de l’essai est alors d’arriver à sublimer cet ébranlement en une expérience esthétique : celle d’une dissolution de la conscience du moi dans les ramifications indéfinies de l’art et de la pensée.

Mathieu Bélisle, Bienvenue au pays de la vie ordinaire (Leméac)

Bienvenue au pays de la vie ordinaire est un essai pénétrant et panoramique. La culture québécoise est examinée dans une variété de manifestations qui la montrent chaque fois confinée à l’entretien séculaire de la banalité. Qu’il aborde l’étrange rapport de cette culture aux livres et à l’humour, l’absence paradoxale d’une véritable tradition spirituelle ou sa présence fantomatique en Amérique, Mathieu Belisle livre un diagnostic qui ne verse jamais dans la dénonciation pathétique, avec un sens du récit et de la démonstration patiente qui nous portent à jeter sur cette culture un regard à la fois lucide et détaché, presque tranquille, alors même qu’il nous amène à reconnaître sa pauvreté inconsciente et enracinée, la désacralisation générale qui est devenue son œuvre quotidienne, partout présente. Le travail de l’essayiste est alors plus que jamais de nous guider à l’envers du quotidien, là où nos croyances et nos repères sont confrontés à leurs contradictions, comme à ce qui les relie secrètement, au-delà des expressions de surface, à travers le temps.

 

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