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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

Fiction écoresponsable

Fiction écoresponsable

15 novembre 2018 par 


Un soir d’automne, au cœur d’une vallée sombre peuplée de conifères, les étincelles d’un feu de bois s’élèvent dans le ciel. Plusieurs personnes sont rassemblées autour du feu, dans une clairière parsemée de lichens à l’abord d’un fin ruisseau. Des rochers camouflés sous un épais manteau de mousse verdoyante semblent observer le rassemblement avec présence et sérénité.

Tous ces gens échangent calmement entre eux, ils partagent leurs idées, dévoilent leurs projets et prennent plaisir à cette rencontre automnale. Les doux murmures de leurs voix, qui s’entremêlent entre les cimes et les troncs des arbres, confèrent une ambiance chaleureuse au lieu malgré la fraîcheur de la soirée.

Puis, un homme simple aux yeux pétillants et au visage sillonné de rides s’approcha du feu de bois et prit la parole. Il raconta  comment le  village où il vivait avait su développer une résilience locale et était devenu si économe sur le plan énergétique ces dernières années. Il expliqua que la communauté qui y habitait avait su se mobiliser au bon moment. Moment important où tous les citoyens, jeunes et moins jeunes, avaient envisagé un futur écoresponsable comme une opportunité et avaient collaboré ensemble afin de lancer des initiatives porteuses de changement.  

Le conteur, après un bref soupir, mentionna qu’il était tout de même important de se souvenir qu’il y a quelques années seulement, les fondations de la société humaine reposaient entièrement sur les énergies fossiles. Il dévoila que, dans ces temps-là, les mentalités de la majorité des individus étaient orientées vers un désir de surconsommation et d’accumulation de richesses. Les mythes de la supériorité humaine sur toutes les créatures et de la croissance industrielle infinie étaient largement répandus. Il secoua la tête avec découragement et conclu qu’heureusement, tout cela avait bien changé depuis.

L’homme laissa glisser son regard sur les silhouettes des vieux pins tordus  qui entouraient l’attroupement, puis s’adressa de nouveau à l’assistance. Il partagea ses réflexions personnelles avec sincérité et détermination. D’après lui, c’est d’abord en changeant leur manière de penser et en posant de plus en plus d’actes respectueux envers la Terre que les citoyens de son village étaient devenus conscients et impliqués dans le mouvement de transition écologique. 

Le conteur dévoila que la vraie richesse, que bien peu de gens possèdent, est la joie véritable. Cette joie est paisible et rien ne peut la troubler puisqu’elle découle d’une connexion profonde à la nature, aux autres, et d’une sensibilité aux choses simples du quotidien.

À ces paroles, quelqu’un sourit dans l’assemblée. La lumière rassurante des flammes du feu de bois projetait des lueurs chaudes aux teintes orangées sur les visages captivés des spectateurs. Les crépitements du feu résonnaient distinctement dans la pénombre de la forêt boréale.

Soudain, une vieille dame se leva et vint s’installer devant le public. Sa peau était aussi craquelée que l’écorce d’une épinette centenaire. Toutefois, ces yeux rieurs et sa longue chevelure aux reflets argentés lui conféraient un air sympathique et attachant. Sans prévenir, un élan d’enthousiasme s’empara de la vieillarde et cette dernière s’adressa immédiatement à l’audience.  

Elle affirma avec conviction que si les humains percevaient le monde différemment, ils seraient en mesure d’imaginer leurs villes et leurs villages nouvellement, avec créativité. Mais encore, ils auraient la vigueur nécessaire pour concevoir leurs communautés soigneusement et intelligemment. Ils seraient, assurément, emplis de compassion et d’amour au point de veiller sur la Terre et ses habitants respectueusement. Autrement dit, les humains auraient l’inspiration et la volonté nécessaire pour créer des lieux de vie chaleureux et soutenables pour tous les vivants.  

La voix de l’ancienne était douce et chacun des mots qu’elle prononçait était le résultat d’une longue et profonde réflexion.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, acheva la vieille dame, c’est avant tout par un changement des habitudes de vie et de penser que s’amorça la transition énergétique, sociale et culturelle de l’ère post-pétrole.

Les personnes présentes au rassemblement applaudirent vivement, certaines d’entre-elles lancèrent même quelques cris de joie. La vieillarde, satisfaite d’avoir partagé son point de vue, retourna s’asseoir dans l’assistance. Elle s’installa sous les ramures d’un imposant résineux, à quelques mètres du feu.

Le silence ce fit de nouveau parmi l’attroupement et les bruissements du vent automnale, qui se mêlaient au roucoulement du ruisseau, firent frissonner les convives.  Le conteur, celui qui avait pris la parole au tout début de la conférence, invita plusieurs personnes à venir le rejoindre devant l’assemblée. Il proposa que chacune d’entre-elles prenne la parole pour raconter comment avait débuté le mouvement de transition dans sa région. Tous acquiescèrent joyeusement à cette proposition, en affirmant que ce partage d’idées servirait de terreau fertile qui susciterait, par la suite, la floraison de nouveaux projets.

Une femme aux courts cheveux bouclés et au regard courageux fut la première personne qui s’adressa à l’assemblée. Elle était, sans aucun doute, une grande marcheuse et avait une longue expérience de vie derrière elle. Cette citoyenne engagée raconta que dans sa ville, tout avait commencé lorsque le maire, nouvellement élu, avait financé la construction d’une vaste agora au centre-ville. La création de cet espace démocratique avait permis aux citoyens de tout âge  de se rencontrer pour discuter des changements qu’ils souhaitaient apporter dans la société et dans la ville. À partir de ces idées révolutionnaires, une économie locale et un réseau de transports en commun efficace étaient nés. Rapidement, les rues étaient devenues piétonnes et, l’hiver, les nombreuses pistes cyclables se transformaient en piste de ski. De plus en plus, les citoyens portaient attention afin que chacun ait accès à un travail valorisant et à des loisirs enrichissants. La marcheuse annonça que la ville était beaucoup plus silencieuse depuis. Désormais, les éclats de rire et les voix chaleureuses des citadins remplaçaient les bruits irritants des moteurs. 

Tout à coup, un vol d’oies des neiges déchira le ciel nocturne. Les cris immémoriaux des oiseaux migrateurs interrompirent la conteuse et tous furent impressionnés par ce vol majestueux.

Après un long moment de calme et de contemplation, un homme de grande taille au visage façonné par le plein air prit la parole. Il était entrepreneur et il vivait dans une imposante métropole très populeuse.

L’orateur dévoila que le mouvement de transition avait commencé tout d’abord dans son quartier. Autrefois, il contribuait quotidiennement à l’entretient d’un potager urbain avec ses voisins. Puis, un jour, l’idée lui était venue de partager des paniers de légumes biologiques et locaux avec les familles des alentours.  L’initiative avait plu à beaucoup de citadins et avait pris une ampleur exceptionnelle. Par la suite, l’entrepreneur avait participé à la création de dizaines de potagers urbains et même de forêts nourricières dans presque toutes les régions de la métropole. Les espaces verts étaient plus nombreux, l’air de la ville était meilleur et la population avait accès à une nourriture locale et saine. 

L’homme expliqua brièvement que ces changements avaient inspirés les citoyens et avaient contribués à la création d’entreprises indépendantes locales qui offraient des aliments en vrac et des produits régionaux. 

Dorénavant, les habitations incluaient davantage de matériaux naturels et leur construction était pensée afin que les domiciles résistent aux intempéries aisément, en épousant des formes sylvestres. L’architecture des bâtiments avait été repensée pour intégrer des panneaux solaires, des toitures végétales et des systèmes de récupération de l’eau de pluie. Dernièrement, plusieurs familles s’étaient regroupées dans des éco-hameaux, des logis écologiques où chacun partageait les ressources et les tâches d’entretien. Pour finir, l’orateur conclu qu’en vivant dans un environnement inspirant et stimulant, les personnes se sensibilisent naturellement aux choix éthiques, au partage équitable et à la protection de la nature.

Autour du rassemblement, la nuit s’épaississait. La faible lumière des braises rougeoyantes du feu de bois s’éteignait doucement. Quelqu’un ajouta une bûche et les personnes qui composaient le public commencèrent à discuter et à se déplacer dans la clairière. 

Soudain, des voix joyeuses résonnèrent dans l’épaisse forêt de résineux. Aussi légèrement que la brise d’automne, elles se frayaient un passage entre les rochers et les fougères puis se rapprochaient rapidement de la clairière où se trouvait l’attroupement. Ce tumulte s’intensifia au point que toutes les personnes rassemblées tournèrent vivement leur regard vers la forêt. Tous échangeaient des murmures teintés de questionnements. Sans plus tarder, des dizaines d’enfants jaillirent de la pénombre forestière en courant et en riant.  Ils rejoignirent les adultes autour du feu de bois avec une joie de vivre débordante.  Les parents étaient surpris et un peu inquiets de voir leurs bambins revenir d’une escapade nocturne imprévue.  Cela ne dura pas puisque les jeunes les rassurèrent en leur racontant qu’ils étaient partis en compagnie d’un groupe d’astronomes expérimentés afin de découvrir les merveilles et les mystères du ciel étoilé.

Maintenant que l’assemblée était plus pétillante que jamais, les échanges reprirent leur cours avec ardeur. Un petit garçon monta sur une pierre engloutie par les lichens et prit la parole. Il parlait fort et lentement pour que tous puissent l’entendre.  Il expliqua que les animaux sont particulièrement sensibles et pourvus d’une intelligence remarquable. Le petit homme déclara que les êtres humains doivent protéger les animaux et étendre leur bienveillance à tous les êtres vivants de la Terre.  Voilà pourquoi chacun doit continuer à exclure, du mieux qu’il le peut,  toute forme de spécisme, d’exploitation et de domination envers les animaux. 

Comme pour remercier l’enfant de ce discours, un caribou apparu à l’orée de la pinède. Son regard rempli de douceur et de sagesse lui donnait l’apparence d’un esprit de la forêt, d’un noble gardien au panache de velours.

Après le départ du caribou, une adulte prit le petit garçon dans ses bras et s’installa devant l’attroupement pour un dernier partage. Cette femme pratiquait le yoga depuis plusieurs années et avait énormément de connaissances en éducation.  Elle  affirma que tous les enfants naissent artistes. Guidés par leur enthousiasme et inspirés par ce qui les entoure, ils apprennent en tout lieu et en tout temps. La conteuse déclara que le jeu libre, la présence de la nature et la joie de vivre sont les seuls éléments dont les enfants ont réellement besoin pour laisser fleurir leurs projets. 

Elle ajouta toutefois que les adultes doivent être présents, disponibles et responsables pour être en mesure de réunir autour de l’enfant les conditions propices à son épanouissement.  La femme raconta que ces dernières années,  une révolution en éducation avait eue lieu. Dorénavant, les enfants bénéficient de la liberté de choisir et d’un accompagnement enrichissant.  Autrement dit, ils expérimentent la démocratie toute leur enfance afin de pouvoir l’appliquer dans leur vie adulte. 

L’enseignante-pédagogue dévoila que de nos jours, tous portaient une attention particulière au lien précieux et fragile qui unit les enfants et la nature afin qu’il soit davantage protégé. Elle divulgua que cette profonde relation avec le monde sauvage est indispensable car une fois que l’amour de la nature a germé dans le cœur des enfants, il y perdurera éternellement.

Pour conclure, la conteuse partagea son opinion personnelle. D’après elle, l’ère post-pétrole s’amorça grâce aux idées novatrices de libres penseurs créatifs et engagés qui se sont mobilisés pour redéfinir les communautés, les villes et les villages. 

Le public se réjouit de ces paroles encourageantes et chacun lança des acclamations chaleureuses. La nuit était avancée et le feu, éteint.  Les adultes et les enfants se mirent en marche et prirent le chemin du retour, à pied ou à vélo, accompagnés d’un chien ou d’un cheval. La clairière était sombre et le ciel étoilé, grandiose. Dans la pénombre de la forêt, les rochers camouflés sous un épais manteau de mousse verdoyante semblaient heureux. Ils le semblaient, tout simplement.

-Jeanne Manseau-Noël, 16 ans.

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