Un premier album pour Les Rapayes

Un premier album pour Les Rapayes

16 septembre 2018 par 


Sorti à l’été 2018, le tout premier album des Rapayes s’intitule Whiskey et poulet frit et s’affiche fièrement made in Rimouski. Et c’est ça que ça sonne. Du bon folk festif, qui sent le varech du Bas-du-Fleuve et la boucane d’un feu de camp sur le littoral, du sable collé sur la bouteille de bourbon et un reste de friture sur les doigts. De la musique bien adipeuse, juste assez débraillée pour avoir du corps et du feel, mais à l’exécution précise et dynamique pour te faire danser jusqu’à pas d’heure sur un plancher couvert de bière.

Bien des inspirations sur ce trop court album d’à peine une vingtaine de minutes : de la chanson québécoise jusqu’à la tradition du vieux blues et country américains, en passant par de la polka-punk, et peu importe ce qui fera danser. Diversifiée sans pourtant être décousue, la musique du groupe connaît sa place sur la scène actuelle québécoise. On saisit vraiment bien l’énergie live du band avec de belles intros et des bridges instrumentaux, on en aurait pris plus. La section rythmique est solide et, malgré qu’on sente les voix et les accompagnements mélodiques parfois un peu timides, pour une première galette, il y a du potentiel. Plusieurs bonnes idées sont là en fait, et je suis curieux de voir quelle direction choisira le groupe dans ses prochaines compositions originales.

Côté texte, ça jase de roadtrips, de soirées de brosse pis de manque de cash. On écorche au passage les dérivés du capitalisme : le « douchebaguisme » et les chars montés, les mondes artificiels des jeux vidéo et des réseaux sociaux, la job à quarante heures qui te fait juste attendre la fin de semaine. Sur la pièce Pense pas trop, on nous remet dans la face ce qui nous empêche de profiter pleinement de la vie, mais « pense pas trop, pense pas trop, d’un coup qu’tu t’enfarges pis que tu pognes le clos ». Les chansons en français de cet album ont cette petite saveur de poésie du quotidien qui peut paraître simplette pour certains, mais qui vient toucher là où il faut. On fête fort et sans retenue, on se moque de soi-même et de sa marginalité assumée qui détonne dans une société qui veut projeter l’image la plus lustrée possible : « Moé j’te dis que c’est grâce aux pelleteux [de nuages] si on arrive à avoir un peu de ciel bleu. »

Ce petit EP est donc une très belle carte de visite pour le groupe, qui se produit de plus en plus sur la scène locale et aux alentours. Vous les avez sûrement croisés en ville en train de faire de l’animation de rue. Je vous confirme qu’ils savent vous faire swinger un carré d’asphalte. Ainsi, l’album se termine par une reprise de Rollin’ into my Sweet Baby’s Arm, chanson traditionnelle américaine, à laquelle on a ajouté un dernier refrain pour nous rappeler que « busking is not a f*¢&!ng crime » (« la musique de rue n’est pas un crime »). Belle finale, mon coup de cœur personnel!

Enregistrement et mastering : Émile Proulx

Graphisme : Félix Perrault Lettrage : Anthony Manseau

Les musiciens : Christian Rompré (guitare, voix), Charles Isabelle (washboard), Sylvain Lemieux (accordéon), Jasmin B. Cardinal (contrebasse), Maxime Levasseur (banjo, clarinette)

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