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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

Un concert coloré

Un concert coloré

16 septembre 2018 par 


De concert
, c’est d’abord une idée folle, née à La Maison de la bande dessinée de Montréal en 2015, consistant à réunir quatre bédéistes (Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard et Singeon) et autant d’imaginaires pour écrire et illustrer un feuilleton Web hebdomadaire appelé à être publié en format papier. Derrière ce projet, il y a d’abord l’opportunisme de Michaël Bardier, fondateur de l’étiquette de disque Heavy Trip, et il y a ensuite la maison d’édition La Mauvaise tête, qui a réuni et soutenu le quatuor tout au long de la gestation de cette œuvre à première vue casse-cou.

Les amateurs de comic books, un genre où l’on crée régulièrement l’événement en mélangeant les univers (qui se souvient encore de DC vs Marvel et de ses personnages amalgamés?), vous le diront, ce n’est pas facile de conjuguer plusieurs voix et plusieurs styles pour offrir un tout cohérent qui est plus que l’addition de toutes ses parties. Or, c’est le pari que sont parvenus à relever ces quatre bédéistes avec chacun de leur personnage et le chassé-croisé qu’ils mettent en scène.

De concert, c’est l’histoire de Stan (Singeon), qui fait rimer drogue et rock’n’roll, et de Douille (Vincent Giard), la belle qui aime planer. C’est aussi celle de Marie-Éponge (Sophie Bédard), la carencée qui cherche un mec de plus à « frencher », et celle de Jimmy (Jimmy Beaulieu), le misanthrope de service qui, dans une autre vie, aurait pu être le cinquième nigaud du Cruising Bar de Robert Ménard. C’est aussi le récit d’un événement et d’un lieu : un concert fictif de Solids et de Heat se déroulant à la Sala Rossa, le sanctuaire montréalais de la contre-culture musicale vers lequel convergent les protagonistes. Un lieu de rencontre qui se conjugue parfaitement avec la diversité des univers de Beaulieu (Comédie sentimentale pornographique), de Bédard (Glorieux printemps), de Giard (Les Pièces détachées) et de Singeon (Vacances au bled). Ce n’est toutefois pas le seul ingrédient permettant à la sauce de tenir.

La richesse des dégradés d’ocre et de bleu utilisés tout au long de l’œuvre, les traits de personnalité typés des personnages et surtout le réalisme des situations pouvant survenir dans l’écosystème d’un tel concert constituent les liants naturels d’une œuvre à la fois amusante et réaliste. Il ne manque plus que le bruit et la musique décoiffante pour avoir l’impression, nous aussi, d’y être. Mais, comme on dit, ça peut s’arranger.

Un petit détour sur les pages Bandcamp de Solids ou de Heat ou encore sur la page de Heavy Trip vous permettra sans aucun doute d’être au diapason de la faune présente dans De concert et surtout de découvrir des sonorités plus originales que celles qu’on peut entendre dans nos radios.

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