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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

Terroir et créativité locale en déclinaisons multiples à la SAQ

Spiritueux québécois : état des lieux

Terroir et créativité locale en déclinaisons multiples à la SAQ

14 juillet 2018 par 


Alors que le mouvement microbrassicole étend les racines d’une tradition durable sur le territoire canadien, celui de la microdistillation prend lui aussi de l’ampleur. Une progression logique, à l’image de celle observée chez nos voisins du Sud depuis presque quinze ans maintenant : la bière se présentant comme un produit d’accès facile, ses mutations décomplexées ont certainement contribué à préparer les papilles du peuple aux palettes de goût des spiritueux, moins accessibles à la première lampée. Un vieil adage vient d’ailleurs confirmer la préséance de la cerveza sur le distillat, en affirmant que le whisky incarne ce que la bière souhaite devenir, « quand elle sera grande ».

L’heure du gin

Le Canada comptait, au printemps 2017, plus d’une centaine de distilleries artisanales sur l’ensemble de son territoire; le Québec en compte lui-même près de 40 aujourd’hui, signe d’une tendance certaine. De ce nombre, la moitié offre déjà un produit (5/40) ou plus (15/40), des chiffres qui laissent entrevoir un éventuel second souffle dans la prolifération de ces alcools microdistillés locaux.

Il ne faut pas se surprendre si, sur plus de soixante produits artisanaux disponibles à la SAQ, plus des deux tiers sont des gins : l’élaboration d’alcools blancs (non vieillis; vodkas, gins, etc.) précède habituellement celle des alcools bruns dans le milieu de la microdistillation : ceux-ci peuvent être vendus rapidement, un atout évident pour les entreprises en démarrage. L’élaboration d’alcools vieillis, plus complexe et donc hasardeuse, représente souvent l’ambition originale et un point tournant pour les entrepreneurs, aspirants maîtres distillateurs.

Trois distilleries

Vous ne jurez que par le gin? Toutes les microdistilleries pourront vous satisfaire avec une interprétation bien à elles, terroir ou apatride, de ce classique anglais adapté du jeneva hollandais : axe boréal, floral, contemporain... C’est toutefois la Distillerie 1769, sise à Montréal, qui propose la plus grande sélection de gins québécois sous une même enseigne : un London Dry classique, une version de ce dernier vieillie en fût, un gin rose et… un gin déjeuner, pour le brunch bien sûr.

Le gin vous laisse indifférent? Vous attendez impatiemment la vague des whiskies qui devrait suivre? Sachez que la Maison Sivo offre déjà deux sérieuses options : un single malt (à base d’orge uniquement, à l’instar des scotches) vieilli en fût de Sauternes et un rye (whisky de seigle, pour un produit fini naturellement épicé) vieilli en fût de porto!

Ce qui vous intéresse, côté bière, c’est l’expérimentation, l’audace face à la tradition? Oshlag, célèbre pour ses bières aussi singulières que splendides, poursuit dans la trame idiosyncrasique qui a fait sa réputation avec une gamme de spiritueux résolument champ gauche : un gin « fumé », une eau-de-vie d’IPA et même un énigmatique « whisky noir » en préparation...

Mentions honorables à la jeune Distillerie du Fjord, aux fringants Spiritueux Iberville et à l’excellente Cirka!

À surveiller

Les microdistilleries de l’est, tout particulièrement : O’Dwyer de Gaspé, connue pour son unique Radoune; La Société secrète, amie des brasseries gaspésiennes, dont on attend les Herbes folles; le Domaine Acer, qui se lance elle aussi dans l’excitante aventure de l’acerum; la Distillerie Mitis, bientôt en service; l’essor de la Distillerie Fils du Roy, de Saint-Arsène; sans oublier la Distillerie du St. Laurent, dont les whiskies — des barils de single malt fumé et de whisky de maïs (bourbon) dorment déjà au chai — sont attendus de pied ferme par les amateurs.

Avec des prix souvent compétitifs, sans considérer la valeur ajoutée de l’effort artisanal et l’impact de l’achat local, le jeune panthéon des spiritueux québécois offre déjà beaucoup aux néophytes comme aux aguerris… Alors osez!

L’auteur est lieutenant de la bureaucratie à la Distillerie St. Laurent.

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