dernier numéro

Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

Engagez-vous, rengagez-vous…

Agriculture de proximité

Engagez-vous, rengagez-vous…

13 juillet 2018 par 


Ce n’est pas très original comme titre, je l’avoue. Cette phrase de Goscinny et Uderzo fut empruntée à de multiples reprises. Peu importe, elle me plaît. Pour un adepte de l’engagement d’autrefois, communautaire et empreint de codes, les légionnaires romains dans Astérix et Obélix me font rigoler. Il faut bien savoir rire de ses convictions! Plus sérieusement, sans engagement ferme, point de salut pour l’agriculture de proximité. Dans notre modernité, l’engagement qui bâtit pour la communauté s’effrite. À un tel point qu’il est maintenant moins collectif qu’individuel. Des petites particules d’engagement de soi virevoltent au gré du vent. « Sincère sur le plan individuel, mais sceptique collectivement, l’engagement a changé d’expression. Il est désenchanté pour ne pas dire désabusé. Pour être humanitaire, il ne veut plus être communautaire. Pour être solidaire, il refuse d’être collectivement prédéfini1 », écrit Pierron.

Un contrat entre citoyens et producteurs

Bon, certains diront qu’un nuage gris plane au-dessus de ma tête. Que je gâche la fête de l’arrivée de l’été… Il n’en est rien! Cessons de jouer aux anarchistes indisciplinés. Mettons un terme à ces relations bourgeoises… Signons un réel contrat basé sur la nécessité. C’est la seule issue qui nous éloignera de cette dépendance à l’industrie. Croyez-moi, l’engagement demeure l’expression la plus haute de notre liberté. S’il y a un prix à payer? Oh que oui! L’engagement n’est pas gratuit. Il coûte, il est coûteux. Le prix à payer de l’engagement, c’est la mobilisation de sa liberté! Il est le champion, toutes catégories, de l’initiative. Avec lui, rien n’est laissé au hasard, car il chasse derechef ce destin qui fait de nous des rouages de la mondialisation. L’engagé ne cherche pas à encourager, mais à participer. Il aime être dans l’action et l’interaction. Il a le regard clair et y met du sien. On n’a pas un engagement comme on possède quelque chose, on est engagé! Avez-vous ce qu’il faut pour une telle mission?

Rêver d’un autre monde

Je n’apprends rien à personne, nous ne sommes plus autonomes d’un point de vue alimentaire. Le savoir-faire du temps de l’agriculture de subsistance est menacé, et ce, malgré les nombreuses initiatives prometteuses en matière d’agriculture biologique de proximité. Sans engagement mutuel entre citoyens et producteurs, nulle politique en matière d’agriculture ne verra concrètement le jour. Nous n’aurons droit qu’à des performances de jonglerie de la part de nos politiciens. Nos communautés rurales poursuivront ainsi leur déclin. Que fait-on à partir de maintenant? Comment convenir ensemble de ce contrat qui nous portera, malgré son goût de vocation, vers l’avenir? Nous n’y échapperons pas, l’engagement suppose de s’engager. Nous ne serons plus les mêmes après cette communion. Nous nous révélerons tels que nous sommes et peut-être découvrirons-nous des visages que nous n’aurions pas imaginés.

Engageons-nous, rengageons-nous!

1. Jean-Philippe Pierron , « L’engagement. Envies d’agir, raisons d’agir », Sens-Dessous, no 0, 2006, p. 51-61, www.cairn.info/revue-sens-dessous-2006-1-page-51.htm

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