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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

Soyons un peu sérieux : fermons Radio-Canada

Soyons un peu sérieux : fermons Radio-Canada

13 mai 2018 par 

Vendredi dernier, sans même réfléchir j’ouvrais ma radio sur Ici Musique et je tombais sur deux heures de musique pop débilitante (celle qui passait à la radio commerciale quand j’avais 12 ans) accompagnée de commentaires d’une rare insignifiance. Une question me frappe alors l’esprit avec la délicatesse d’une brique écrasant une mouche : « À quoi peut bien servir une radio d’État? » Peuh peuh peuh, me rétorqua alors mon entourage, plus prompte à la formule Montesquienne-diversifiante qu’aux mots d’esprit : « On ne dit pas radio d’État, mais radio publique, une radio d’État est un organe de propagande tandis qu’une radio-publique sert l’élévation des foules ignorantes. »

Devant un argumentaire si bienveillant, je pouffe et réponds que c’est justement à dessein que j’utilise le terme radio d’État pour désigner un média de propagande culturelle qui fait la promotion de la facilité, du consensuel, qui aime le succès de la culture plus que la culture et prend ses auditeurs pour des bêtes en mal de moulée, leur servant les produits de l’industrie sans aucun sens critique. On nous parle sans cesse de l’importance d’une information indépendante, mais la culture indépendante, on s’en bat le moulinet.

Et que dieu me tâte si j’ai tort

À une certaine époque, la radio de Radio-Canada était vue par les humoristes mal dégrossis comme un média intellectuel où l’on entendait des choses que nous n’avions jamais entendues. Délit d’élitisme, dit-on, qui est maintenant honni. À quand la fermeture des restaurants qui servent autre chose que les recettes que faisait notre maman, je me questionne.

Cette opinion n’est plus très répandue, car ces humoristes sont maintenant parmi les convives à la table de la chaîne et on se tape dans le dos entre vedettes, avec Marc Hervieux et Alexandre Taillefer.

Je m’intéresse à la progressive déchéance de notre radio-pubis depuis plus de quinze ans et j’entretiens avec son ombudsman une relation épistolaire digne des Liaisons dangereuses. Malheureusement, je crois que mon amour n’est pas réciproque et, chaque fois, je me désole des réponses laconiques et évasives de ma flamme aimée.

Au fil des ans, j’ai pu faire de nombreuses statistiques quant au contenu culturel de la SRC.

Sur la chaîne dite Première, en deux semaines d’écoute soutenue (j’ai dû être médicamenté), j’ai obtenu les moyennes suivantes :

Invités : 18 comédiens (dont 11 jouant dans des séries de Radio-Canada), huit auteurs (venus vendre un livre, dont six romans), quatre humoristes (venus vendre un spectacle très cher), neuf chanteurs (les mêmes que ceux entendus, voir ci-bas, venus vendre un disque), un sociologue, zéro philosophe, zéro compositeur de musique et deux fois Alexandre Taillefer.

Côté peinture, Marc Séguin, ami de l’autre, est le seul entendu en 12 jours de notes... il était venu vendre un film.

Côté musique québécoise, des 73 chansons jouées, 65 sont associés aux six mêmes étiquettes de disques ou agences.

L’apothéose de ce décervelage public aux frais du contribuable se passe à la télé et s’intitule En direct de l’univers, une célébration faste de la complaisance et de l’autosuffisance lors de laquelle des belles vedettes viennent pleurer leur vie devant le spectacle désolant d’autres vedettes de leurs amis venus chanter et massacrer un paquet de tounes convenues, qu’on connaît toutes sans exception. Ça coûte cher d’argent public de verser des cachets de chanteurs à des pas-chanteurs et de payer des pleureuses. Je n’ai rien contre Joe Dassin, ni contre les droits d’auteur d’Ozzy, mais je ne crois pas qu’ils représentent de bons investissements pour la culture canadienne. Me trompé-je ? Je sais bien que j’aurai des détracteurs, comme le brillant Sam Hamad pour qui la venue de Madonna à Québec était « un grand moment pour la culture québécoise (sic) ». M’enfin.

Un moment j’ai cru que les décideurs de la radio-cubique manquaient tout bonnement d’idées, mais je me rends à l’évidence : il ne peut s’agir que d’un sabotage calculé afin de réduire l’horizon culturel et réflexif de la population afin qu’ils puissent endurer les gouvernements de crétins qui nous dirigent.

C’est pourquoi je crois aujourd’hui qu’il coûterait moins cher et serait tout aussi enrichissant pour nous peuple canadien de sucer notre pouce au lieu d’écouter Radio-Canada. Et d’un même élan, je propose la solution finale : fermons Radio-Canada. Soyons donc un peu sérieux!

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