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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

Carpe diem

Carpe diem

13 mai 2018 par 

Maxime Catellier, Le Temps présent, Boréal, coll. Liberté grande, 2018, 144 p.

Quand j’ai reçu le livre, un essai de Maxime Catellier, je me suis arrêtée au titre, Le Temps présent, juste ça. Je ne savais pas trop quoi en penser. Au départ, ça m’a rappelé un livre sur le développement personnel. Je l’ai trouvé beau ce titre, mais un peu imprécis, il faut le dire.

Le temps présent, c’est un gros sujet. Difficile à aborder, à saisir, et on le sent un peu dans l’essai de Catellier. On termine le livre et on se demande si on en a parlé du temps présent au final. Et non, pas vraiment! On a l’impression que l’auteur a été pris quelque part entre le ressassement d’un passé personnel ou collectif et une anticipation à la fois confiante et craintive.

Dans le premier chapitre, on déambule avec l’auteur dans les rues de Montréal, on ne sait pas trop où il va, mais on le suit sans trop se poser de questions. Dans le second, on marche avec l’auteur dans les rues de Rimouski et sur les routes du Bas-Saint-Laurent, on ne sait pas trop où il va, mais on le suit encore sans trop se poser de questions. À la fin du deuxième chapitre, on traîne un peu les pieds derrière lui, on ne sait toujours pas où il va et là, on commence à se poser des questions. On se perd un peu entre les lieux et les références littéraires qui s’enchaînent sans fluidité. En quelques pages à peine, on lit Buies, Nietzsche, encore Buies, puis Dylan, sans avoir réussi à comprendre pourquoi ils sont là, réunis.

À plusieurs reprises, Catellier lance ce que j’appellerais des bombes littéraires, c’est-à-dire des phrases lourdes de sens qui mériteraient d’être expliquées et nuancées encore et encore. « Ainsi, comment prendre la parole dans une société qui a le dégoût du sens? » Et de l’autre côté, il y a des phrases que j’ai lues et relues à la recherche d’un « sens » qui m’échappait peut-être. « Je pourrais épingler ainsi une panoplie de papillons sur la toile opaque de mes souvenirs, de discrètes étoiles avalées par le trou noir du temps. » C’est probablement mon âge, mais je ne saisis pas encore le poids de ce « trou noir ».

Puis, il y a le chapitre « Disparaître », une œuvre à part où le style de l’auteur change du tout au tout. Le registre de langage n’est plus le même, on baisse d’un cran. Mais qu’est-ce qu’on en a à faire quand le résultat est si précis, si vrai? On tourne les pages en se disant : « C’est ça, c’est exactement ça. » Dans cette trentaine de pages, Maxime Catellier décrit, avec une rude poésie, à la fois cette envie et cette peur de disparaître. « Les étoiles, ça me semblait vulgaire tellement c’est loin, j’étais comme insulté par le ciel qui me regardait même s’il était mort depuis Mathusalem. Sa vieille lumière morte me tombait dessus comme des petites peaux arrachées à la nuit, et j’ai trouvé ça dégueulasse. […] je plissais les yeux tellement fort que je voyais se dessiner l’intérieur de ma tête. J’ai pensé que j’allais disparaître. »

Dans son essai, Maxime Catellier semble s’être peut-être un peu égaré, mais avoir pris plaisir à le faire. Il n’établit aucun pacte avec son lecteur et lui offre une liberté de lecture. Une liberté à double tranchant toutefois. L’auteur donne à boire à son lecteur une poésie certaine, mais l’oublie quelque part entre la rue Saint-Denis et le boulevard Arthur-Buies.

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