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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

ILONA : navire, horizon et mondialisation

ILONA : navire, horizon et mondialisation

19 mars 2018 par 

Le travail de Mériol Lehmann, dans la lignée des photographes de New Topographics et d’Edward Burtynsky, est empreint d’une poésie des grands espaces qui appelle une sensation d’immensité. PHOTO: MÉRIOL LEHMANN

En octobre dernier, le Centre d’artistes Vaste et Vague de Carleton-sur-Mer présentait ILONA, de l’artiste en art actuel Mériol Lehmann. L’installation photographique offrait au visiteur le récit d’une traversée de l’Atlantique à bord d’un navire porte-conteneurs. Au centre de la salle, un navire, représenté par un assemblage de conteneurs, se reflète sur le sol comme une masse impassible suivant une route tracée en noir. Ce tracé s’ouvre sur une image de l’horizon vu de la timonerie, encadré par la fenêtre étanche et les conteneurs qui recouvrent le pont. Alors que notre œil glisse sur les surfaces lisses et épaisses du métal, l’incongru des détails quotidiens du navire laisse imaginer un espace de vie hors du monde, presque hors du temps, où l’on devine sans jamais la voir la présence humaine. L’omniprésence d’éléments industriels surdimensionnés créés par l’ingénierie place le visiteur devant une réalité qui touche la démesure. Elle amène une interrogation sur nos responsabilités dans cet immense système logistique qui permet la mondialisation des marchés, alors que plus de 90 % des biens consommés transigent par conteneur maritime. Devant cette installation où n’apparaît que la surface lisse des choses (le métal du navire, les conteneurs, les indicateurs des machines), le regard de l’artiste amène aussi le visiteur à remettre en question ce qui n’est pas montré. Qui habite ce navire? Qui y travaille? Qui fabrique les objets qui se trouvent dans les conteneurs, dans quelles conditions, et pourquoi?

Le travail de Mériol Lehmann, dans la lignée des photographes de New Topographics et d’Edward Burtynsky, est empreint d’une poésie des grands espaces qui appelle une sensation d’immensité, comme le bruit du vent sur la plaine, alors que nous sommes face à des paysages façonnés par l’activité humaine, des lieux transformés, modelés, marqués par nos choix économiques et sociaux. Quelque chose invite à l’écoute dans ces photographies. Ou peut-être est-ce plutôt un silence dense qui appelle la réflexion? Devant ces images où l’horizon est large, la lumière brute et le ciel immense, on a cette impression que la force du territoire et des lieux nous laisse encore des choix, même devant les désastres de l’ère post-industrielle.

ILONA amorçait la saison automnale de l’événement LA CONCORDANCE DES TEMPS, qui s’inscrivait dans le 250e de Carleton-sur-Mer. L’histoire de la ville, qui abrite un important port de mer depuis plusieurs siècles, est « bordée » de navires en partance. Cargos, barques à voile, canots d’écorce et bateaux de pêche sont des symboles d’exil et d’envahisseurs, mais aussi d’espoir d’une vie meilleure, de prospérité et d’abondance. Comment les traces de l’histoire que nous portons peuvent-elles nous guider, au moment où la conteneurisation, les médias sociaux, l’ère numérique et l’accélération de l’immigration transforment la notion même d’ouverture sur le monde?

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