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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

La face cachée de la lune et autres clairs obscurs

La face cachée de la lune et autres clairs obscurs

12 février 2018 par 

Photo: Sébastien Rabouin

Le 27 janvier dernier, le Théâtre du Bic a été témoin d’un bouleversement cosmique inattendu. La lune est sortie de son orbite pour nous montrer sa face cachée. Un phénomène d’envergure mondiale qui aura eu un impact sur les existences d’une galerie de personnages tous aussi étranges qu’étonnamment proches. La lune a ainsi éclairé les humains et en a dévoilé leurs fêlures, leurs gênes, leurs hontes, leurs bassesses et toutes les vicissitudes que nous cachons habituellement dans l’ombre. Une plongée en forme de voyage intérieur à la fois éprouvant et drôle, d’une générosité éclatante qui aura conquis son auditoire.

Afin de réaliser cette pirouette psychologique, La face cachée de la lune et autres clairs obscurs, emprunte plusieurs voies d’expression. On y entend de la (bonne) musique portée par les voix sexy et puissante de Cylia Themens ou rauque et profonde de Rémy Vaillancourt. Par moments, de drôles d’instruments s’invitent au cours du spectacle. On y entend des chaînes de métal cogner par terre et battre la mesure d’un blues rustique chanté a capella ou encore un reel fondamental qui prend aux tripes. On y entend des percussions jouées sur des instruments improbables et foncièrement créatifs, la lune elle-même battant la mesure du monde. 

Ce spectacle protéiforme contient surtout une bonne dose de poésie. Les textes habiles d’Isabelle Blouin-Gagné, tour à tour humoristiques (une méditation pleine conscience qui tourne au fiasco), cyniques (un appel à une révolte de pacotille) et pour finir totalement déstabilisants (une femme disparue de son plein gré revenant au bercail familial) sont systématiquement d’une profondeur existentielle marquée. Impossible, en sortant du spectacle de demeurer entier. Le cynisme ambiant, caractéristique de notre époque digitalisée, a été écorné par du beau, du vrai et de l’humain. Le théâtre doit servir ce propos et offrir une alternative subversive à une idée mercantile de l’art. Il doit être un caillou dans la chaussure des idées préconçues et de l’offre de divertissement culturel bien trop présent dans nos télés ou nos radios. Nul doute que  La face cachée de la lune et autres clairs obscurs, rempli ce contrat.

Portée par trois artistes inspirés et inspirants, cette pièce pioche ainsi dans un fourmillement d’idées et de courants artistiques, passant du théâtre à la poésie dans un spectacle littéraire chanté très subtile. Le résultat ? Un contenu émouvant et drôle teinté d’une couche de subversion absolument réjouissante qui (re)donne à l’art populaire ses lettres de noblesse.

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