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VOL XXIV No. 2 Éducation et solidarité internationale

Bon pauvre bon riche

Bon pauvre bon riche

18 janvier 2018 par 

La grande guignolée des médias est terminée. Enfin, on va arrêter de parler de pauvreté! 

En 2017, le thème de la pauvreté a occupé 0,16 % de la couverture médiatique. En comparaison, les sports, c’est 17 % et les faits divers, 12 %. Encore pire, les nouvelles insolites occupent quatre fois plus de place dans les médias que la pauvreté. Donc, si vous êtes pauvres pis que vous voulez qu’on parle de vous autres, ben soyez pauvres de façon insolite : pauvres avec un homard greffé sur le plexus solaire, pauvres en train d’éjaculer du Moutain Dew, pauvres mais champions de Kin-Ball : « Omnikin bleu! ».

Quand t’es un pauvre économique, t’es invisible. Mais quand t’es un pauvre d’esprit, t’es vedette à TVA.   

C’est pour ça que je trouve extrêmement hypocrite La grande guignolée des médias. Les journalistes pis les animateurs vedettes, c’est pas devant la tour de Québecor qu’on a besoin d’eux, mais dedans, en train de parler de pauvreté toute l’année. Quand je vois un animateur vedette sur le coin de la rue en Kanuk, une stalactite de morve en dessous du pif pis sa canne de conserve remplie de trente sous qui crie aux automobilistes « un petit don pour les petits pauvres », j’ai juste envie d’y dire : « Heille le cornichon, rentre en dedans pis invite des organismes communautaires à ton émission populaire pis des économistes de gauche qui vont nous expliquer ce qui cause la pauvreté! Faites votre job au lieu de jouer les mendiants sur le coin de la rue pour gagner des trophées Artis! » Je rêve d’entendre Dave Morissette à TVA Sports dire : « Une descente du coude sur le dos de la bourgeoisie, c’est ça, la lutte des classes! »

En plus, qui sont les amis de La grande guignolée? Provigo et Maxi : deux compagnies qui ont recours aux paradis fiscaux. Il me vient à l’idée une proposition folle. Chers amis, on n’aurait pas besoin de guignolée, si vous payiez vos crisses d’impôts. Eh là là…! 

On veut pas une réelle égalité sociale. Ce qu’on veut, c’est des bons pauvres pis des bons riches. On veut aider les bons pauvres. Ceux qui attisent notre pitié. Pas un pouilleux paresseux qui fait une dépression ou qui culturellement a grandi dans la pauvreté. Non. On veut un nécessiteux en chaise roulante qui dit : « Si j’avais des jambes, je gagnerais le Super Bowl pour mon pays. » On veut juste aider les bons miséreux, ceux qui ont une contrainte très sévère et visible à l’emploi : quelqu’un qui a la fontanelle encore ouverte, un retard mental évident : « Gna! Gna! Gna! » (qui signifie « j’ai épluché ma crotte comme une banane »). On veut faire la charité aux orphelins attachants, comme Oliver Twist, habillés en gavroche, qui quêtent en faisant le mariole pour avoir un bol de porridge. Lui, y le mérite son chèque. Mais toutes les autres, la majorité qui ont l’air normaux, qui crèvent, c’est des mauvais pauvres!

On veut surtout rien changer au système qui crée la pauvreté. On va plutôt engraisser les préjugés face aux pauvres pis se consoler en faisant la promotion du bon riche. Le bon friqué, celui qui a la galanterie de payer ses impôts, le somptueux nanti qui pratique la philanthropie, le parvenu qui a des belles valeurs pis qui dit « moralement je suis à gauche, mais économiquement je suis à droite », le gentleman humble et sans prétention qui nous fait dire « à part sa grosse maison, ses privilèges sociaux, ses contacts, ses escarpins en saphir pis son espérance de vie de 10 ans de plus que moé… on est pareil! ».

Le bon riche, lui il l’a la solution à la pauvreté, il va nous dire : « Le vrai problème des pauvres, c’est qu’y sont négatifs. Parce qu’y lisent pas assez de livres de croissance personnelle qui enseignent à être positif. Faut visualiser la réussite et tout le reste suivra! Visualisez un montant d’argent, pis pas un montant de pauvre comme 100 000 $, non, un million! Pis ceux qui le voient le million, qui le veulent vraiment et qui sont persévérants, vont l’avoir leur million. Je vous le promets. Je l’ai lu dans un livre de croissance personnelle écrit par un homme blanc né dans Outremont qui a réussi dans la vie. Dans son livre, y racontait que chaque soir avant de se coucher y visualisait son million. Pis un moment donné, à force de visualiser, ben ses parents y’ont faites un chèque pour Noël. » 

 

 

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