La démission tranquille

Défense du français dans le réseau collégial

La démission tranquille

8 septembre 2017 par 

Le journal Le Devoir rapportait, dans son édition du 23 juin dernier, que le cégep de Bois-de-Boulogne s’apprêtait à lancer un nouveau programme d’études collégiales bilingue pour pallier la baisse de son effectif étudiant. Plusieurs rumeurs circulent au sujet du cégep de Sainte-Foy qui s’apprêterait également à s’engager dans une telle démarche. L’objectif? Séduire les milliers d’étudiants francophones et allophones qui, depuis plusieurs années, choisissent de poursuivre leurs études dans les collèges anglophones.

Selon une analyse du chercheur et mathématicien Charles Castonguay, ce seraient quelque 4 000 jeunes francophones et allophones — l’équivalent d’un gros cégep par année — qui passeraient de l’école secondaire française au cégep anglais chaque année. Une véritable saignée qui prive les cégeps francophones d’un effectif étudiant pouvant assurer le financement nécessaire à la poursuite de leur mission éducative. En effet, comme le financement des programmes d’études est lié à chacun des étudiants fréquentant un collège, ce transfert vers les collèges anglophones prive le réseau francophone d’une bonne part de son financement qui est déjà insuffisant à bien des égards, rappelons-le.

Cette baisse de fréquentation des cégeps francophones met donc une pression supplémentaire sur plusieurs programmes d’études qui seront possiblement suspendus ou même fermés. Et cette réalité ne touche pas uniquement les cégeps en région. Certains collèges francophones montréalais ont déjà suspendu ou fermé certains de leurs programmes d’études, faute d’un effectif étudiant suffisant. Pendant ce temps, les collèges anglophones montréalais débordent littéralement…

Anglomanie

On le sait, depuis plusieurs années, le Québec est gagné par une anglomanie galopante qui s’est installée à la fois dans les milieux de travail, dans l’espace public et dans notre système d’éducation. Cette désolante réalité a d’abord mené des commissions scolaires francophones à offrir des programmes d’enseignement intensif de l’anglais au primaire. Certaines universités francophones ont également fait le choix d’offrir des programmes strictement en anglais. Et maintenant, c’est au tour du réseau collégial de se laisser gagner par cette dérive éducative vers l’anglais.

Les jeunes choisissent d’étudier en anglais? Offrons-leur simplement ce qu’ils demandent, répondent aujourd’hui certains gestionnaires de cégeps. Cette solution infiniment simpliste fait fi de la réalité historique et linguistique du Québec et va à l’encontre des luttes menées depuis tant d’années pour défendre et valoriser la langue française. Face aux difficultés rencontrées par le réseau collégial francophone, nous aurions pu nous attendre à voir les gestionnaires de cégeps monter énergiquement au front afin de défendre notre réseau d’enseignement. Nous assistons plutôt à une démission tranquille de certains gestionnaires engagés dans une culture clientéliste et une concurrence à « courte vue » qui mènent à des dérapages évidents.

Il est en effet très préoccupant de constater que nous finançons présentement collectivement des institutions d’enseignement qui favoriseront l’anglicisation d’une partie de notre jeunesse. Comment ne pas nous inquiéter de voir ces milliers de jeunes poursuivre leurs études dans des universités anglophones ? Comment faire abstraction de la possibilité qu’un jour ces jeunes trouveront normal de travailler en anglais au Québec ? Qu’ils consommeront la culture anglophone, qu’ils penseront le monde en anglais ? Choisir une telle voie, ce serait contribuer au recul du français dans toutes les sphères de la société québécoise.

« Recherchée : vendeuse bilingue pour pâtisserie française ». En 1969, c’est avec cette boutade qu’un des personnages du film Où êtes-vous donc? du cinéaste Gilles Groulx traduisait parfaitement l’aliénation et la sujétion économique et culturelle du peuple québécois. À l’époque, faut-il le rappeler, l’anglais s’imposait comme langue de travail, langue des affaires et langue d’affichage au détriment de la majorité francophone. Et ce, tant à Montréal, Sherbrooke, Québec ou Sept-Îles.

C’est par une lutte acharnée de milliers de personnes que nous avons réussi à renverser la situation. Grâce à ces milliers de Québécoises et de Québécois qui ont travaillé à défendre, à protéger et à valoriser la langue française. À en faire la langue officielle du Québec. Il ne faudrait pas l’oublier.

Verrons-nous prochainement apparaître dans les offres d’emploi du réseau collégial la mention : « Enseignant bilingue pour cégep francophone »? Absurde, n’est-ce pas? Nous sommes pourtant en droit de nous inquiéter.

Si nous ne voulons pas revivre une période plutôt sombre de notre histoire nationale, il serait peut-être temps que l’on se réveille!

 

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