Actualité

Ciao Bye!

Par Nina louVe le 2017/05
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Ciao Bye!

Par Nina louVe le 2017/05

Faut bien l’dire enfin, oser faire mon coming out : moi, j’aime ça, les truckers. Ben oui, de la bonne graine d’homme, toé, ce monde-là. Ça roule, sont libres, ça mange des kilomètres d’asphalte bien assis, calés dans leur siège sur leur gros 18 roues. Les truckers, ouais, du genre à avoir le cœur sur la main. Rares sourires aux étrangers, sont sélectifs, choisissent de jaser avec l’élite du libre : les vagabonds, les pèlerins, les voyageurs. Et pis… Ça roule, ça roule, ça roule, ces hommes-là. Avec l’horizon couché dans l’pare-brise, de l’aurore à l’entre chien et loup. Sont bien là, la fenêtre grande ouverte sous les cils, les dents au vent. Les truckers me font triper.

Ben oui, même ceux qui transportent de gros cylindres noirs, de la matière dangereuse, toé, du pétrole. Quoi? Tu penses tout d’même pas que sans essence, sans gazoline, j’pourrais rouler Oka Gaspé en une journée. En cheval, j’ai pas calculé, mais me semble que de Pâques à Noël… ouin, c’est ça : six mois, c’est à peu près l’temps que ça me prendrait sur une selle western ou en charrette à quatre roues.

Honte à toi, écolo girl, aimer les truckers, disent les puristes antipipeline.

Okay, mayday. J’suis morte de rire.

La langue

Ah, pis le slang, les anglicismes qu’a met, dont elle assaisonne ses phrases icit et là. Le joual, toé, c’est t’y pas honteux? Une fille d’Outremont, bien élevée dans la haute, parler ainsi. Renier l’accent pur du bon français. Quitter le cul de poule, le O de sa bouche, pour faire des diphtongues, des affrications. Ah, et elle ose marier le latin à des blasphèmes, une langue morte et un sacrilège sur sa luette alouette. Faut pas, voyons donc. Elle exagère la medame.

Une bonne intello diplômée ne devrait pas donner à manger aux paresseux qui dorment dans la rue l’hiver. Ni même les regarder. Ni même leur sourire. S’ils ne peuvent se bouger l’cul pour trouver du travail, qu’ils crèvent seuls, sans un égard.

Une Universitaire intelligente et à l’aise, pff, s’habiller dans des sous-sols d’église et jeter du pain aux oiseaux en pleine ville. Voyons donc! Quel gâchis, si sa mère la voyait. Si sa mère la voyait. Si sa mère la voyait.

Justement

Oh maman, merci. Merci pour le bon parler, les leçons rigoureuses de diction, de ballet classique, de théâtre chez Sita Riddez. Merci pour le judo, le karaté, le tir à l’arc, l’escrime, le piano classique mille fois par jour, le basketball, le racquetball, le volleyball. Tout ça aiguise les sens, appelle à une grande discipline, forge bien. Oh maman, merci aussi pour les camps de vacances au P’tit Bonheur et à Jeune Air, le canot-camping, l’équitation, la vie en groupe, les cafétérias, les tâches, les séjours en forêt avec boussole.

À cause de toi, maman radio-canadienne, maman Outremont, maman bourgeoise, grâce à toute ta rigueur, j’suis devenue la meilleure des militantes, parfaitement bien outillée pour jauger sans juger. Pour donner sans recevoir. Pour aider sans attendre le retour. Pour aimer la vivre, la vie.

T’es belle dans ton grand silence de feue mère. J’te dis, j’t’aime avec mes mille affrications, du fond du cœur au ventre au feu de mon joual chéri, moult mercis, bellâme. Parce que mainteNoW, je ne renie ni n’épouse. Suis libre et jamais n’ai plié l’échine, sauf pour m’agenouiller avec l’itinérant dans sa crasse, sa glace, son bitume abîmé, dans ses flaques de vomi. Et j’prie l’bon Dieu pour continuer de le faire, encore en minuscule anonyme discrète, sans honte et sans regret.

 

Jeunesse au soleil, Le Bon Dieu dans la rue, Le Refuge des Jeunes, Le Chaînon, tendez la main, c’tà votre tour de recevoir asteure!

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