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Vol XXIV No 3, janvier-février 2019 Actualités et plus

L’importance du loup dans l’écosystème

L’importance du loup dans l’écosystème

7 novembre 2016 par 

Aux États-Unis et au Mexique, le loup a été exterminé dans 95 à 99 % de son habitat d’origine. Au Canada, le loup est absent de plusieurs régions, par exemple au sud du Saint-Laurent, depuis une centaine d’années en raison de la chasse intensive. Le rétablissement ou la réintroduction du loup est un sujet controversé, tant pour la communauté scientifique que pour la population en général. Malgré tout, les idées reçues sur le loup sont en train de changer. Des études montrent d’ailleurs que sa présence est hautement bénéfique pour les écosystèmes.

Un phénomène de « cascade trophique » été observé dans plusieurs parcs nationaux aux États-Unis et au Canada. Cette cascade se produit quand l’absence d’un grand prédateur comme le loup affecte un écosystème entier, jusqu’à la végétation, et cause une perte importante de biodiversité. L’absence de loups favorise par exemple l’augmentation des cervidés comme l’orignal, le cerf ou le wapiti, mais sans menaces, ces cervidés deviennent un peu paresseux, moins vigilants et se déplacent peu sur le territoire, ce qui entraîne un broutage excessif. Comme l’abondance de plantes et d’arbres est essentielle au maintien d’un écosystème en santé, le déclin végétal entraîne la chute de plusieurs autres espèces importantes, comme les castors et les oiseaux chanteurs qui compétitionnent difficilement avec les grands herbivores, qui consomment les ressources végétales en trop grandes quantités. De plus, une population trop élevée de cervidés peut être un problème sérieux pour l’humain.

Au Québec, une population stable de cerfs ne devrait pas dépasser 5 cerfs par km2, pourtant des populations de plus de 10 à 15 cerfs par km2 ont été observées au sud du Québec et dans les régions de l’Outaouais, de la Montérégie, de Lanaudière, des Cantons-de-l’Est, du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches et des Laurentides. Malgré la chasse, les populations de cerfs ou d’orignaux demeurent trop élevées dans ces régions et sont souvent coûteuses à contrôler. Des dommages agricoles ou sylvicoles et une augmentation des accidents routiers impliquant des cervidés sont des conséquences de cette surpopulation.

L’élimination du loup dans une région laisse souvent la place aux coyotes, qui profitent de son absence pour envahir un territoire. En plus de fortement nuire aux agriculteurs, une population anormalement élevée de coyotes tend à décimer les populations de prédateurs indigènes, comme le renard roux, le raton laveur et la mouffette rayée. De plus, les statistiques montrent que le coyote cause beaucoup plus de déprédation au bétail que le loup. Dans l’État de Washington seulement, depuis 2010, 55 rapports font état d’incidents de prédation sur le bétail impliquant le loup, tandis qu’on recense près de 2 000 incidents impliquant des couguars, et un nombre encore plus élevé d’incidents reliés aux coyotes.

Des interventions comme la construction de clôtures pour protéger certaines zones, l’abattage sélectif de cerfs et le contrôle des populations d’herbivores par la chasse tentent de remplacer la fonction du loup dans l’écosystème. Ces interventions engendrent des coûts substantiels, ce qui indique que l’absence du loup a un impact économique. Bien sûr, la gestion et l’argent nécessaires au rétablissement du loup sur un territoire sont non négligeables, il s’agit toutefois d’une méthode naturelle de conservation et de rétablissement des écosystèmes. De plus, l’écotourisme autour du loup génère des revenus non négligeables (35 millions $ en 2005 dans des parcs nationaux comme Yellowstone aux États-Unis). Certes, une présence humaine trop abondante et la peur du loup peuvent parfois rendent impossible une réintroduction de l’animal. Toutefois, selon des sondages effectués au nord-est des États-Unis, l’indicateur principal de tolérance à la présence du loup est le groupe social et le niveau d’éducation. Les gens de moins de 50 ans, avec une éducation post-secondaire, les femmes et les chasseurs en général montrent une plus grande tolérance.

Malgré la taille du territoire naturel nécessaire pour soutenir une population de loups, les études montrent que de petites populations de loups sont utilisées, notamment aux États-Unis, afin de rétablir l’équilibre dans l’écosystème. Ces petites populations (4 ou 5 individus) sont bien tolérées du public et ont effectivement aidé à réduire les dommages liés aux surpopulations de cervidés et de coyotes. Cependant, un tel projet de rétablissement des populations de loups serait actuellement impossible au Québec puisque les loups vivant dans les parcs nationaux ou les réserves fauniques sont chassés et trappés dès qu’ils sortent du territoire protégé, avec un taux de mortalité de 90 % selon la Sépaq. Comme les populations de loups sont isolées les unes des autres, leur diversité génétique s’affaiblit et les populations diminuent. Pour voir un succès au Québec, il faudrait créer de larges zones protégées autour des parcs nationaux et des réserves fauniques qui abritent encore des loups, comme le parc du Mont-Tremblant. Les règlements de chasse et de trappage du loup devraient également être révisés et des corridors pourraient relier certains parcs et réserves fauniques sur la rive nord.

Le rétablissement du loup dans certaines régions du Québec à l’aide des technologies disponibles (télémétrie, suivi et relocalisation) pourrait être envisagé comme outil de restauration des écosystèmes. Mais il est indéniable que ce rétablissement doit passer par la sensibilisation du public et par une meilleure compréhension du rôle des grands prédateurs dans les écosystèmes. 

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