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Vol XXVI No 1, septembre-octobre 2020, Diverses nouvelles

Contours, détours et retournements de Marie-Côté

Du simple au complexe

Contours, détours et retournements de Marie-Côté

8 novembre 2016 par 

L’environnement qu’elle compose naît de son affection pour la terre comme matière et territoire, mais aussi de son intérêt pour la thématique identitaire. Photo : © Marie Côté / SODRAC, Les attrape-vents, détail, 2007-2008. Photo : © Guy L’Heureux

On s’engage dans la salle d’exposition de Contours, détours et retournements au Musée régional de Rimouski comme dans une zone à atmosphère contrôlée. Dès le début, le sentiment de faire partie d’une expérience sensible s’installe.

D’œuvre en œuvre, Marie Côté, sculpteure et céramiste depuis plus de 30 ans, tisse un chemin qui nous guide sans qu’aucun élément ne vienne brusquer ou interrompre notre découverte. Sa proposition – si la chance nous le permet – gagnera à être appréciée dans une salle sans autre visiteur que soi, permettant une immersion totale dans l’univers parfaitement balancé de l’artiste, un univers réunissant harmonieusement dessins, poteries, pièces de bois tourné, puis installations visuelles et sonores.

L’environnement qu’elle compose naît de son affection pour la terre comme matière et territoire, mais aussi de son intérêt pour la thématique identitaire. On ressent le respect porté pour les communautés du Nord dont certaines des œuvres nous glissent quelques secrets à l’oreille. Coup de cœur pour l’installation Jeux de bols et de voix où les poteries sont emplies d’une trame sonore tout en délicatesse tirée de l’univers sonore d’Inukjuak, petit village nordique québécois où l’artiste a fait une résidence à l’été 2011.

Ici, rien de convenu ni de trop facile pour qui prend le temps d’observer. La proposition de Côté invite à ralentir pour mieux saisir les spécificités de cette expérience tout en nuances. Chaque pièce est déposée avec soin dans l’espace. Les couleurs s’offrent en dégradés de gris comme en nuances de blanc et on perçoit dans cet ensemble la grande sensibilité de l’artiste, sa maturité et son souci d’articuler son travail à partir de l’essentiel. Avec un peu d’attention, on percevra la finesse du travail présenté et de ses textures. Oui, l’appel du toucher est grand.

La salle d’exposition devient une œuvre de composition évoquant un tableau de Giorgio Morandi. Ce peintre italien, reconnu pour sa façon de mettre en scène avec un soin particulier des objets du quotidien, est clairement évoqué dans l’œuvre D’après Morandi, mais on sent que son influence dépasse largement cette pièce et vient nourrir la démarche de l’artiste. On reconnaîtra dans le travail de Côté la façon qu’a Morandi de dépersonnaliser les objets présentés, d’utiliser les couleurs mates et de proposer un environnement d’où émane la tranquillité. De plus, comme lui, elle exploite avec succès les qualités de l’abstraction des formes et le lien qui les unit, d’où le sentiment de cohésion réunissant les différents éléments.

La salle d’exposition pourrait même évoquer une scène d’un film de Michelangelo Antonioni où tout se relie et où l’espace et le vide ont une texture incontestable. On ne sera pas surpris d’apprendre que Morandi et Antonioni, ayant tous deux habité Bologne à une même époque, s’admiraient. J’ose croire qu’ils auraient aussi apprécié la démarche de Marie Côté, ne serait-ce que parce qu’elle fait foi de l’inutilité d’user d’artifices pour réussir à habiter l’espace.

Comme eux, cette préoccupation qu’elle a pour l’espace est certaine : elle ne présente pas la poterie comme un outil fonctionnel, mais bien en tant qu’expérience des sens pouvant permettre de se relier à l’environnement. Ainsi, on peut presque suggérer que la matière première de l’artiste n’est pas l’argile, mais plutôt ce vide qu’elle arrive à nous faire ressentir en composant autour. Elle le dit elle-même, « toute forme s’édifie à partir d’un vide », et il semblerait que ce soit cette force invisible entre l’environnement et la matière qui nourrisse son travail créatif.

On quittera la salle avec non seulement le sentiment d’avoir vu du beau, mais aussi avec l’impression d’avoir eu accès à un morceau de précieux. La sensation perdure. Comme un film qui reste en tête après le visionnement et qui, si on le lui permet, nous mène à réfléchir à quelque chose d’encore plus grand.

Contours, détours et retournements de Marie Côté est présentée au Musée régional de Rimouski jusqu’au 29 janvier 2017.

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