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Vol XXIV No 5, mai-juin 2019, Plein feu sur le KRTB

Personne ne mérite les risques !

Les pipelines au Québec

Personne ne mérite les risques !

21 septembre 2016 par 

Image: Pierre Brignaud

Dans le célèbre conte du joueur de flûte de Hamelin, le flûtiste noie tous les enfants du village pour se venger de ne pas avoir été payé pour ses travaux de dératisation. La ville devient, par défaut, une société qui s’éteint au bout d’une génération.

Dans la réalité, les divers partenaires économiques pro-pétrole, qui soutiennent le développement d’énormes projets de pipelines, menacent directement notre survie à moyen terme, en plus d’augmenter de façon considérable les risques au quotidien. En invoquant que le pipeline est plus sécuritaire que le train, ils essaient d’endormir le débat. Pourtant, l’avenir pro-pipeline est terrifiant; s’y opposer vise à essayer d’éviter les risques d’ordre climatique, géostratégique et environnemental.

Le risque climatique

On veut vous berner : il ne s’agit pas de choisir entre divers modes de transport du pétrole. Il s’agit ici de trouver le moyen d’augmenter de façon considérable la production actuelle de pétrole issu des sables bitumineux et non de se contenter de la production actuelle1. Bloqués au sud et à l’ouest, les partenaires commerciaux du pétrole espèrent pouvoir passer par l’est. Par train. Par bateau. Par camion. Par pipeline. De toutes les façons possibles. Ce faisant, on augmente de façon marquée le dérèglement climatique et les événements climatiques extrêmes. Veut-on prendre ce risque alors que des gens meurent déjà fréquemment dans des tornades, des sécheresses, des inondations et des chutes de neige de plusieurs mètres, comme c’est le cas depuis quelques années aux États-Unis et au Canada?

Le risque environnemental pour la santé humaine et animale

C’est également le cas en ce qui concerne les déversements. Il y en a déjà beaucoup, un peu partout au Canada et aux États-Unis, depuis plusieurs années. C’est ce qui inquiète avec raison les municipalités, les unions agricoles et les responsables des habitats fauniques. Tous les dédommagements du monde ne pourront remplacer les impacts négatifs importants – à court et à long terme – d’une contamination souterraine, que l’on constatera souvent trop tard. Bien trop tard. Veut-on prendre ce risque alors que plusieurs produits pétroliers sont hautement cancérigènes? N’a-t-on pas déjà perdu trop de gens autour de nous à cause des cancers? Avons-nous tant besoin de preuves concrètes de l’impact des hydrocarbures dans l’eau sur la santé?

Le risque de positionnement géostratégique

Contrairement au transport par bateau, par train et par camion, le transport par pipeline est beaucoup plus permanent. C’est un fait dont on parle très peu parce que les conséquences sont sans doute trop préoccupantes. Selon certains experts, les pipelines seraient liés directement à certaines guerres (dont l’Ukraine et la Syrie avec le gaz naturel). Veut-on courir le risque d’être le pion dans des conflits diplomatiques liés à l’approvisionnement en pétrole entre le Canada et d’autres pays? Pensons à Keystone XL qui serait sans doute devenu source de nombreux litiges s’il avait été approuvé 2. J’espère vraiment que je suis paranoïaque. Que je ne comprends rien à la question. Ni aux grands experts géopolitiques.

Alors que les pipelines sont source de nombreux risques, on compte bien peu d’accidents avec l’hydro-électricité, les éoliennes, le solaire, le biogaz, le biométhane, la géothermie. Qui nous appartiennent en plus. Gagnant-gagnant.

Empêcher les pipelines de passer est un geste citoyen, politique, une saine décision économique. Exercer une pression continue sur le gouvernement pour une véritable transition énergétique, c’est choisir la sécurité, l’indépendance et la résilience.

Personne ne mérite de courir les risques liés aux pipelines. Personne.

1. À ce propos, voir l’article d’Alexandre Shields, « Sables bitumineux : hausse de 40 % de la production d’ici 2025 », Le Devoir, 28 juin 2016, www.ledevoir.com.

2. Si vous en doutez, lisez l’article de Nicolas Mazzucchi, « Pipelines : l’autre guerre Russie-Europe qui fait vraiment rage (celle-là) », Atlantico, 6 avril 2014, www.atlantico.fr.

Kim Cornelissen, CORNELISSEN konsult, services conseil Développement régional et pays nordiques

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