Jouer sa peau

Jouer sa peau

22 septembre 2016 par 

Photo: crcbsl.org

La Pistoloise Soraïda Caron terminait le 14 août dernier une résidence de « production-recherche-création » à la Maison Rioux au Bic. Cette résidence lui a permis d’explorer des pistes pour une production à venir en 2018. Nous avons discuté de sa démarche, de ses questionnements tant esthétiques qu’artistiques et de la production Patrice dans Gisèl, qui sera présentée par Spect’Art Rimouski à la salle Desjardins-Telus le 28 mars 2017. Dans cette production, elle explore les transformations vécues quand un être est submergé d’émotions et que son corps réagit pour représenter cette éruption d’images intérieures. En fait, Soraïda s’aventure loin du propos de ses productions précédentes, en particulier de sa trilogie Mange-Moi donc mon amour! (2012), MMDMA2! (2013) et Bigoudis, flanelle et moto (2014 et 2015), où elle se penchait sur les enjeux de la surconsommation et les problématiques du genre.

La nudité : une question d’interprétation

Animée d’un désir profond de dénaturer le corps humain, Soraïda a beaucoup fait appel à des costumes. Lorsque je lui ai demandé si elle allait enfin oser la nudité dans Patrice dans Gisèl, ce qu’elle avait évité jusqu’à maintenant, elle a commencé par dire qu’elle hésitait à s’aventurer sur ce terrain, par crainte d’être étiquetée comme une chorégraphe qui fait des « spectacles avec nudité », mais que parfois la nudité s’imposait comme une évidence. « Au théâtre, c’est plus facile de faire la distinction entre le personnage et l’humain qui l’habite. En danse, si tu oses la nudité, par exemple, tu risques d’en entendre parler longtemps dans un petit milieu.»1 Pour Soraïda, c’est à l’interprète de gérer cette nudité qui est, à la limite, un costume comme un autre, un personnage qui se distingue de l’humain qui l’habite. Comme l’écrivait Aline Apostolska dans La Presse : « la nudité totale […] abolit la dimension érotique que le costume, et encore plus l’accessoire, en soulignant telle partie du corps, exalte » et plus loin, « le véhicule, fût-il le corps nu, est soumis au message véhiculé et justifie toutes formes d›utilisation pertinentes. » 2

L’autre en soi

Le travail de l’interprète est au centre de la démarche de Soraïda Caron, qui a été interprète avant de devenir chorégraphe : « L’interprète n’est jamais soi-même, il a toujours une dimension de personnage. » Du seul fait que l’interprète se trouve sur scène, « il y a déjà une couche ». C’est la vérité du personnage qui l’intéresse et non la vérité de l’interprète. Il est rafraîchissant que des artistes comme Soraïda Caron poursuivent leur questionnement sur la réalité ou sur ce qui est présenté comme réalité, dans un monde où la confusion entre le personnage et la personne est de plus en plus grande.

En plus de la danse, Soraïda Caron fait du cinéma. Elle est de la distribution des Amazones, et nous la verrons dans Beluga.mp3.

Vous pouvez suivre le travail de Soraïda Caron sur www.marselledanse.com.

1. Extrait d’un entretien paru dans La Rumeur du Loup en octobre 2015.

2. Aline Apostolska, « La nudité en danse contemporaine », La Presse, 14 février 2009, www.lapresse.ca.

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