Crise du logement : deuxième épisode

Crise du logement : deuxième épisode

21 septembre 2016 par 

En novembre 2015, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) dévoilait qu’à l’échelle nationale, le taux d’inoccupation des logements était de 3,3 %. Pourtant, en août 2016, une cinquantaine de familles dans le secteur de Gatineau étaient toujours à la recherche d’un logement décent et abordable. La crise du logement persiste, mais le problème a changé : « Contrairement à la situation vécue au début des années 2000, alors qu’il manquait carrément de logements locatifs, la grande majorité des locataires, y compris les ménages à plus faible revenu, parviennent aujourd’hui à se trouver un logement, mais celui-ci risque rapidement de s’avérer trop cher, trop petit ou insalubre », dit François Saillant, du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Une question de revenu

Selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, le taux de rendement des immeubles à logements affecte la capacité financière des propriétaires à résorber le déficit d’entretien : si on estime que chaque logement coûte 80 000 $, on comprend bien la difficulté d’en tirer une rentabilité en fixant le prix de location à 800 $ ou 900 $ par mois, ce qui explique pourquoi plusieurs propriétaires finissent par s’y loger ou les vendre à des gens qui veulent les habiter. Et bien que la construction d’immeubles à logements ait repris au cours des dernières années, la denrée n’est pas à la portée de tous, certains appartements se louant entre 1 200 $ et 2 600 $ par mois.

Du côté des associations coopératives d’économie familiale du Québec, on estime que la somme réservée au logement devrait correspondre à 30 % du revenu. Or, entre 2006 et 2011, tandis que le revenu moyen a augmenté de 9,2 %, le loyer moyen a progressé de 13,6 %, sans compter l’augmentation des coûts d’électricité et du panier d’épicerie. En 2014, près de 500 000 ménages locataires consacraient plus de 30 % de leur revenu au logement et 8 % d’entre eux devaient débourser jusqu’à 80 % de leur revenu pour arriver à se loger.

Dans une telle situation, des dépenses essentielles comme la nourriture et les vêtements doivent être réduites, et on doit jongler avec le paiement des factures pour éviter une interruption de services. Pas étonnant de voir que de plus en plus de travailleurs ont recours aux banques alimentaires.

Salubrité

Pour comprendre les nouvelles réalités de la crise du logement, d’autres facteurs doivent être considérés. Dans certains cas, l’offre ne correspond pas aux besoins de certaines clientèles : peu de logements sont adaptés aux personnes à mobilité réduite et les familles nombreuses choisissent de s’entasser dans des appartements trop petits pour leurs besoins, mais plus abordables, ce qui explique que le taux d’inoccupation de logements à trois chambres et plus demeure très bas. Du côté des associations de locataires, on rapporte un nombre croissant de plaintes pour discrimination : origine ethnique, sexe, revenu, présence d’enfants. Ces locataires, dans l’impossibilité de trouver un logement adéquat, acceptent d’habiter des logements impropres. Infiltration d’eau, moisissures, mauvaise isolation, équipements sanitaires désuets, vermine et insectes… Une dizaine de municipalités du Québec (dont Rimouski) ont adopté un règlement sur la salubrité des logements, mais selon les organismes d’aide aux mal-logés, le problème persiste.

Une facture pour la santé

Habiter dans un logement inadéquat peut avoir des répercussions sur la santé, des problèmes qui, selon le docteur David Butler-Jones, ancien administrateur de la santé publique du Canada, « vont de l’asthme et des maladies respiratoires causées par les moisissures et une mauvaise ventilation, aux problèmes de santé mentale associés à la surpopulation ». Le Directeur de la santé publique de Montréal montre, dans un récent rapport, que le fait de consacrer un trop grand pourcentage de ses revenus au logement a des conséquences sur l’insécurité alimentaire (alimentation insuffisante ou inadéquate), l’anxiété et la dépression.

Ralentissement du logement social

Comme il est montré que chaque dollar investi en logement social entraîne une économie de deux dollars en frais de santé, il serait logique d’octroyer les budgets nécessaires aux offices municipaux d’habitation et aux projets de coopératives d’habitation. Or, en janvier 2015, la Société d’habitation du Québec annonçait que la somme de 53,6 millions accordée par le Conseil du trésor jusqu’en mars 2016 était déjà pratiquement épuisée. L’Association des groupes de ressources techniques du Québec craignait que certains projets de logements communautaires ne soient interrompus alors qu’ils en étaient aux premières étapes (élaboration des plans, offres d’achat ou recherche de financement). Quand on sait que les trois sources de financement de ces projets sont la subvention de Québec, le loyer des locataires et la contribution du milieu (municipalité ou campagne de financement), on comprend que la part du gâteau qui a été coupée met les OMH et les coopératives d’habitation sur les dents. 

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