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Vol XXIV No 3, janvier-février 2019 Actualités et plus

Radicalisons-nous!

Radicalisons-nous!

17 juillet 2016 par 

« On peut adopter une posture radicale et avoir une pensée nuancée. »

– Pattie O’Green

Qu’est-ce que ce mot : « radical »? Je crois que c’est le terme le plus vague de l’histoire pour fabriquer les ennemis de l’État. Un mot-valise qui peut contenir tout ce qui dépasse un peu des normes socialement acceptables pour Visa, la Banque de Montréal, Mario Dumont, un repas congelé ou Jacques Villeneuve.

Par un travail radical de relations publiques, l’élite nous a mis dans la noix que le radicalisme était synonyme de terrorisme islamique et de vandalisme d’extrême gauche. Pourtant, quand on me parle de radicalisme, je pense au Parti libéral qui applique radicalement l’austérité. Cet outil radical du néolibéralisme qualifié par Bourdieu de « machine infernale ». Je pense au tout nouveau projet de loi qui prévoit que les entreprises pétrolières obtiendront un droit d’expropriation pour lancer leurs projets d’exploitation, ce qui n’est pas sans rappeler l’archaïque Loi sur les mines. Je pense également à la radicale chambre de commerce du Montréal métropolitain qui demande à la police d’utiliser toutes les tactiques à sa portée pour lutter contre ceux qui ne marchent pas les fesses serrées. Le grand patron de la chambre, Michel Leblanc, propose « à la limite, d’infiltrer les groupes d’anarchistes ou d’altermondialistes très actifs et militants pour voir venir. » Juste ça? Les groupes anarchistes, altermondialistes, alouette! Ciboire mec, y’en a-tu encore beaucoup de mots comme ça que tu ne comprends pas? Mes parents, qui sont à la retraite, font du compost, cultivent leur propre potager et pêchent leur poisson au lieu d’aller s’empoisonner au Super C. En quelque sorte, ils sont altermondialistes. J’ai vraiment hâte de voir une police, déguisée en épouvantail à moineaux, infiltrer leur jardin.

Dans une société où règne en apparence le statu quo, presque tout est radical. Pierre Falardeau le disait : « On va toujours trop loin pour les gens qui ne vont nulle part. » De nos jours, t’es pu juste féministe, gauchiste ou écologiste : t’es un(e) radical(e)! Parfois, je me réveille le matin, et je pose ma main sur mon plexus solaire en me demandant : « Me suis-je radicalisé pendant la nuit? »

L’absence de réel débat démocratique crée la radicalité. Heureusement, nos braves technocrates ont créé un Centre de prévention à la radicalisation menant à la violence. Parfait! Première descente : le Parti libéral, un groupe organisé qui prône le profit avant l’humain. Ensuite, lâchez les mosquées et faites donc une descente à Montréal au 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine. C’est pas dur à trouver, y’a une grande pancarte avec trois lettres : HEC. Embarquez tous ceux qui se radicalisent vers la violence néolibérale des Hautes études commerciales. Et devinez qui chapeaute le Centre de prévention? Le très dangereux ministre Martin Coiteux, qui était l’un des chefs d’orchestre de l’austérité, une sous-merde radicalisée en un dangereux Homo eoconomicus.

Je refuse la radicalité du néolibéralisme et la radicalité religieuse; alors une alter radicalité est à développer. Notre monde, avec ses nouveaux défis, demande des changements radicaux. La question n’est pas de ne pas se radicaliser, mais de bien choisir sa radicalité. Comme les marcheurs et les marcheuses qui ont parcouru 833 km en 40 jours en Gaspésie pour attirer l’attention sur les nombreux projets reliés aux hydrocarbures qui menacent la santé et l’eau potable de la population de ce magnifique coin de pays. Comme le superbe livre d’Éric Pineault, Le piège Énergie Est. Sortir de l’impasse des sables bitumineux. Le message radical du livre : l’affirmation d’un NON ferme et catégorique au projet de pipeline de TransCanada qui serait, selon Naomi Klein, « le pire crime climatique au monde ».

« Chères » frères et sœurs : radicalisons-nous!

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