Nos services publics en péril

Nos services publics en péril

17 juillet 2016 par 

« Si tu t’occupes pas de la politique, c’est elle qui s’occupe de toi. Ils passent même des lois la nuit pendant que tu dors. »

— Michel Chartrand

La réforme du réseau de la santé, imposée par le ministre Barrette depuis le 1er avril 2015 par le projet de loi 10, très centralisée, a aboli toute instance critique en santé (AQESSS, Commissaire de la santé, etc.). Les nominations régionales et les directives de gestion proviennent du bureau du ministre et sont distribuées indistinctement dans tout le territoire québécois, sans respect des spécificités régionales et des besoins particuliers de chaque établissement. Les personnes à la tête des CISSS et au sein des conseils d’administration sont littéralement télécommandées de la main même du « Tsar » de la santé.

Dans notre réalité bas-laurentienne, les huit centres de santé et de services sociaux, le centre jeunesse, le centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement et l’Agence de santé et des services sociaux (faussement abolie) ne font qu’un centre intégré de santé et de services sociaux : le CISSS du Bas-Saint-Laurent. Près de 8 000 personnes salariées pour une population de 200 000 personnes sur un territoire de 20 000 km carrés. Tout à fait « gaétanesque »!

Cette machine centralisée de Québec, appliquée en région, nous impose des réformes inadaptées comme Optilab (centralisation des analyses de laboratoire) ou les groupes de médecine de famille (GMF) qui arrachent des ressources aux CLSC pour les mettre à la disposition des médecins des GMF.

Malgré des distances importantes à parcourir et le fait que les rencontres du CISSS ont lieu durant le jour, près de 200 personnes étaient présentes à la dernière réunion du CA du CISSS le 15 juin dernier. Malgré questionnements et insistance, la PDG Isabelle Malo se faisait rassurante devant tant de visite et de médias. Alors que ces assemblées durent environ 90 minutes, les quatre heures de séance du 15 juin furent difficiles.

Une réduction budgétaire de 20 millions pour l’année 2016-2017 a été annoncée durant la réunion. Elle s’ajoute à une réduction de 17 millions en 2015-2016, à 12 millions de compressions en 2014-2015 et à toutes les autres avant cela. Pendant que le CA tentait de nous faire avaler qu’on peut « optimiser » (lire compresser) sans avoir d’impact sur les services à la population, le premier ministre Couillard avouait, sur les ondes de Radio-Canada, que les centres d’hébergement et de soins de longue durée – mission importante des CISSS – étaient sous-financés. Ces propos contrastaient avec ceux de la présidente-directrice générale du CISSS : « Isabelle Malo indique qu’il n’y aura pas de coupes de services ni de diminution d’heures pour les employés, mais reconnaît que certaines activités seront réorganisées. Impossible toutefois pour le CISSS d’être en déficit à la fin de l’année financière, ajoute-t-elle. “C’est mon devoir, c’est ma responsabilité 1.” » Et pourtant…

Dès le lendemain matin, des postes par dizaines ont été abolis, des fermetures de lits, des diminutions d’heures de blocs opératoires ont été annoncées. À l’heure où j’écris ces lignes, près de 48 heures après la séance, l’information arrive au compte-gouttes, ce qui a pour effet de camoufler l’ampleur du « tsunami ».

On tente de nous faire croire qu’il faut vivre selon ses moyens alors que le ministère des Transports jette de l’argent par les fenêtres, que Bombardier reçoit des milliards et que l’évasion fiscale des riches et des banques empêche toute répartition de la richesse. On paie aussi trop cher nos médicaments (de 1 à 3,5 milliards selon plusieurs économistes) et on se fait rouler par le partenariat public-privé (PPP) avec les méga-hôpitaux de Montréal.

Voilà ce que le projet de loi 10 a permis : la destruction en règle d’un patrimoine bâti par plusieurs générations de Québécois et de Québécoises en à peine un mandat de ce parti foncièrement conservateur, au sens politique du terme. Pourquoi et dans quel intérêt, me direz-vous? Au profit des entreprises privées lorsque la privatisation sera présentée comme LA solution puisque « tout aura été essayé »! Pas surprenant qu’en commission parlementaire sur la réforme de la santé, sur 70 mémoires, seule la Fédération des chambres de commerce applaudissait. N’allez pas croire que le Dr Couillard est un défenseur des réseaux publics. Rappelez-vous qu’il avait quitté le ministère de la Santé pour rejoindre le privé. Après son lucratif contrat en Arabie saoudite, le placement de son butin dans des paradis fiscaux, il tente de nous faire croire qu’il défend le bien commun!

Restons en état de vigilance, soyons prêts à nous mobiliser pour défendre ce patrimoine!

1 Patrick Bergeron, « Des compressions de 20 M $ pour le CISSS du Bas-Saint-Laurent, malgré les surplus », Radio-Canada, 15 juin 2016, ici.radio-canada.ca

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