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Vol XXIV No 3, janvier-février 2019 Actualités et plus

1 000 milles au nord du Mile End

1 000 milles au nord du Mile End

17 juillet 2016 par 

Tx Marcotte (BD)Plus de 11 000 personnes sur un territoire grand comme la France. C’est le Nunavik, le Grand Nord du Québec, un lieu où un village de 2 000 personnes, c’est une mégalopole. C’est bien entendu le territoire des Inuits du Québec, mais aussi de quelques anthropologues, touristes et expatriés venus du Sud (et vu du Nunavik, Chibougamau, c’est déjà le Sud). Michel Hellman, auteur de Nunavik, est l’un de ces gens du Sud, venu découvrir cette terre arctique qui l’a toujours attiré. Venu peut-être aussi pour fuir une vie urbaine devenue inconfortable.

Hellman habite le très urbain Mile End, ce quartier de Montréal où plus de 20 000 personnes s’entassent dans un quadrilatère d’une dizaine de rues. C’est le quartier en vogue de la métropole, un quartier dynamique et sympathique, haut-lieu des hipsters, du design, de l’innovation et de la création. Évidemment, il y a tout un contraste entre le Nunavik et le Mile End : d’un côté, on chasse le caribou, de l’autre, on chasse la chemise à carreaux vintage; les uns se baladent accompagnés de leur carabine, les autres avec leur peigne à barbe. Cette distance a son importance dans Nunavik, c’est grâce à elle qu’on saisit un peu mieux la réalité du Grand Nord.

Sous forme de carnet de voyage, Nunavik est un collage d’anecdotes, parfois humoristiques, parfois sombres, parfois historiques; un collage qui a ses petits défauts et ses grandes qualités. L’absence d’un fil conducteur permet au lecteur de tirer lui-même ses conclusions de chaque moment raconté. Helmann, en effet, ne nous prend pas par la main : il nous montre ce qu’il voit sans complaisance, sans victimisation, sans angélisme non plus. Il nous épargne donc autant les tirades romantiques sur la communion avec la Nature que les discours sur des Inuits qui tireraient de la contemplation de la toundra une sagesse millénaire, ou tout autre propos du genre qui finit toujours par reconduire le mythe du « bon sauvage ».

Nunavik est un album qui se lit tout seul, avec plaisir, même si on termine la lecture avec un certain sentiment, peut-être souhaité par l’auteur, d’inachèvement. Après avoir partagé l’expérience de l’auteur, on réalise qu’il manque un horizon au pays des aurores boréales, un au-delà vers lequel projeter le regard, espérer des jours meilleurs. Dans une conversation avec l’auteur, un Inuit résume ainsi cette perspective nordique : « C’est comme ça. Les choses changent. Et on continue de faire ce qu’on fait de mieux : on s’adapte et on survit. » Pas très romantique en effet. Un peu triste aussi. Ou peut-être pas.

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