UNE HISTOIRE D’INTÉGRATION

UNE HISTOIRE D’INTÉGRATION

22 mars 2016 par 
Nous avons tous entendu et lu ad nauseam : « Ils ont juste à s’intégrer et à faire comme nous autres », comme si l’intégration pouvait se faire sans l’implication de la population d’accueil. PHOTO : MAUD ABLAIN Nous avons tous entendu et lu ad nauseam : « Ils ont juste à s’intégrer et à faire comme nous autres », comme si l’intégration pouvait se faire sans l’implication de la population d’accueil. PHOTO : MAUD ABLAIN

Nous avons tous entendu et lu ad nauseam : « Ils ont juste à s’intégrer et à faire comme nous autres », comme si l’intégration pouvait se faire sans l’implication de la population d’accueil. PHOTO : MAUD ABLAIN

En s’installant à Rimouski en 1982, mes parents ne savaient pas à quoi s’attendre dans cette petite ville blanche, francophone, loin de l’agitation de la métropole où ils s’étaient d’abord installés et, surtout, très loin de leurs familles et amis. Le travail d’enseignant de mon père lui a permis de s’intégrer plutôt facilement, alors que ma mère a fini par se retrouver mère au foyer malgré ses études universitaires et ses nombreuses tentatives pour se trouver un emploi. À cette époque, aucune aide ne lui était offerte pour s’intégrer. Elle a fait du bénévolat et s’est impliquée comme elle le pouvait, mais les gens restaient distants malgré sa nature accueillante et généreuse.

Tout cela a bien sûr nui à son intégration et a rendu celle de ses enfants difficile. Plus le temps passait, plus se développait en elle la peur que nous perdions la culture et la langue de son pays d’origine, l’Égypte, qu’elle voulait absolument nous léguer. La solitude, l’incompréhension devant sa nouvelle culture, la nostalgie de son pays l’ont réellement fait souffrir. Presque naturellement, j’ai décidé de me former afin de pouvoir aider ma mère et accompagner d’autres femmes et d’autres mères immigrantes et réfugiées qui se retrouvent en région éloignée. J’ai donc poursuivi mes études en communication et relations humaines à l’UQAR.

À la fin de mes études, j’ai développé le programme d’accompagnement Passer’Elles et j’ai eu la chance, grâce au soutien sans faille de l’organisme Accueil et Intégration BSL et à une subvention du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec, de pouvoir offrir de l’aide à des femmes immigrantes et réfugiées à Rimouski. Je remercie d’ailleurs AIBSL d’avoir pris mon projet sous son aile, et pour toute l’aide que l’organisme apporte aux nouveaux arrivants, qui facilite considérablement leur intégration. J’aurais souhaité que cet organisme existe à l’arrivée de ma famille, ça nous aurait certainement rendu la vie plus facile et notre intégration se serait accélérée.

Après avoir offert le programme Passer’Elles à des femmes merveilleuses, j’ai fait l’analyse de mon parcours d’enfant issue de l’immigration et j’ai tenté de comprendre l’impact du programme sur les participantes. Le programme comporte trois volets : des rencontres d’interventions psychosociales, des rencontres d’éducation citoyennes et la participation à des actions collectives. Ce que j’ai retenu de cette expérience est avant tout le profond désir de chacune des femmes de contribuer pleinement à leur nouveau milieu de vie, d’y développer un sentiment d’appartenance et de s’assurer que leurs enfants pourront y vivre heureux. Aucune d’entre elles ne se serait contentée de recevoir de l’aide sociale, ni ne voulait s’isoler. Si tel a pu être le cas, ce fut après plusieurs tentatives infructueuses de trouver un emploi ou de rentrer en relation avec les gens du milieu.

DE NOUVEAUX VOISINS?

Lors de conférences sur l’intégration des personnes immigrantes que j’ai eu l’occasion d’offrir dans la région, je faisais un exercice très simple. Je demandais aux gens de lever la main si, dans les dernières années, ils avaient eu de nouveaux voisins, peu importe leur origine. Puis je leur demandais combien parmi eux étaient allés les saluer, pas juste par un signe de tête depuis leur perron, mais plutôt s’ils étaient allés cogner à leur porte pour leur souhaiter la bienvenue. Qu’une main soit encore levée après cette question était exceptionnel. La notion d’accueil n’a pas la même signification pour tous. Je pense que l’accueil, c’est bien plus qu’un sourire; un sourire, c’est tout simplement de la politesse!

Nous avons tous entendu et lu ad nauseam : « Ils ont juste à s’intégrer et à faire comme nous autres », comme si l’intégration pouvait se faire sans l’implication de la population d’accueil. Cette idée équivaut à demander à un immigrant d’ouvrir la porte de notre maison sans y être invité et d’y faire comme chez lui! La seule chose dont je suis certaine, c’est que l’intégration ne peut être réussie que si « l’accueillant » ouvre la porte de sa maison en étant ouvert à la différence et à la nouveauté et qu’à son tour « l’accueilli » accepte l’invitation, y entre avec sa propre couleur en étant ouvert à la nouveauté et à la différence. C’est par cette double implication que nous pourrons tous espérer un avenir fait de dialogues, d’ouverture et de paix, dans un vivre ensemble viable pour tous et pour nos sociétés.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe