Parler des femmes à l’année

Parler des femmes à l’année

22 mars 2016 par 

Nous sommes le 8 mars. Les fils d’actualité Facebook et Twitter, de même que les pages des journaux papier ou en version électronique débordent de textes sur les femmes. On rend hommage à celles qui se battent pour améliorer la condition des femmes. On rappelle les exploits des femmes d’hier qui ont mené et remporté des combats importants. Les propos de la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, résonnent encore : « Je suis beaucoup plus égalitaire que féministe. » On débat depuis des jours sur qui est féministe et qui ne l’est pas. La définition du féminisme est discutée, revisitée, livrée à toutes les interprétations. On demande l’avis de grandes intellectuelles. On multiplie les vox pop.

Encore cette année, plusieurs s’interrogent sur la pertinence de la Journée internationale des droits des femmes. Certains notent que c’est une deuxième Saint-Valentin. On se la souhaite comme la bonne année. On en fait une banalité esthétique.

Mais au-delà des apparences, il y a les réalités. Les femmes n’accèdent que difficilement aux postes importants dans les entreprises. Elles sont sous-représentées en politique. Elles sont victimes de violence. Elles doivent composer avec le sexisme ambiant et une société patriarcale d’un autre temps. Oui, la situation s’est améliorée au cours des dernières décennies, mais on est encore loin de l’égalité avec les hommes.

Certaines femmes qualifient le principe du féminisme de démodé, d’inutile. Mais l’égalité est-elle atteinte? « Certaines femmes ont intériorisé cette notion que les femmes ont les mêmes droits que les hommes. Mais dans les statistiques, ça ne va pas du tout », déplore la sociologue Mélissa Blais.

Nous sommes maintenant le 9 mars. Les réseaux sociaux et les médias sont de retour à la normale. On oublie les femmes jusqu’à l’an prochain. Mais quelle est la solution? De quelle façon peut-on améliorer la situation des femmes?

Comme pour le racisme notamment, la solution doit passer par l’éducation. Celle des plus jeunes, mais aussi par la sensibilisation des plus âgés. Facile à dire… plus difficile à faire.

Quand Mélissa Blais parle des femmes qui ont intériorisé la notion d’égalité avec les hommes, elle touche un point essentiel. Les femmes ne sont pas toutes d’accord entre elles. Plusieurs estiment que le féminisme est révolu. Elles deviennent donc des ennemies de la cause.

Que faire alors? C’est aux élus de légiférer. C’est le rôle d’un gouvernement de veiller au bien-être de ses citoyens, de ses citoyennes.

En France, dès 2013, le programme ABCD de l’égalité a été expérimenté dans les écoles primaires. De plus, un module consacré à l’égalité et à la déconstruction des stéréotypes a été intégré dans la formation des enseignants, des infirmiers scolaires, des directeurs d’établissement, des conseillers d’orientation.

Ici, les gouvernements devraient imposer davantage de mesures de discrimination positive. Ils doivent mettre sur pied des campagnes de sensibilisation et inonder les médias traditionnels et sociaux non seulement au mois de mars mais toute l’année. Ils doivent aussi favoriser l’accession des femmes au marché du travail en améliorant – et non en coupant – le réseau des CPE. Une commission d’enquête sur les conditions de travail et salariales pourrait aussi mettre au jour les irrégularités. Ottawa doit aussi respecter sa promesse de se pencher très sérieusement sur le sort des femmes autochtones du pays.

Il y a donc encore beaucoup à faire, n’en déplaise à la ministre de la Condition féminine. Françoise Giroud disait, non sans intention provocatrice : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ». 

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