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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

Non au pipeline!

Non au pipeline!

3 mars 2016 par 

722405-pipeline-construction-transcanadaM. Brian Gallant, c’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai écouté vos propos sur le passage du pipeline Énergie Est à Tout le monde en parle le 7 février dernier.

J’ai été interpellée et c’est pourquoi j’ai senti le besoin de vous écrire. Je dois également signaler que, contrairement à d’autres dirigeants, j’ai cru sentir une certaine humanité en vous. Vous avez exprimé être pour le passage du pipeline Énergie Est pour deux raisons principales. La première est qu’avec ou sans pipeline, le pétrole continuera de voyager au Canada. Dans ce contexte, vous avez rappelé que le passage du pétrole par train n’est pas plus sécuritaire que celui par pipeline. Eh bien à cela, je vous informerai, M. Gallant, que c’est tout à fait faux. D’abord parce que l’objectif du pipeline n’est pas de diminuer le trafic ferroviaire de pétrole, mais d’en augmenter la production. Ceci signifie également que le nombre de trains pétroliers ne sera pas en diminution. De plus, le nombre de barils transportés par le pipeline ne pourrait de toute façon être transporté par train, tel que rapporté dans Le Devoir du 15 septembre.

En réalité, en appuyant un tel projet, vous contribuez en quelque sorte à l’augmentation de la production pétrolière des sables bitumineux, qui est l’une des premières causes des difficultés économiques que vit le Nouveau-Brunswick! En effet, votre second argument de taille, pour appuyer le projet, est que TransCanada créera 3000 emplois chez vous. Eh bien! Que ferait-on pour 3000 emplois, n’est-ce pas?

Et si on se demandait pourquoi l’économie va mal, avant de lui apposer des pansements temporaires? Et si on se demandait comment créer un développement économique durable? Savez-vous, M. Gallant, que les jeunes du Nouveau-Brunswick quittent leur province d’origine depuis des années pour migrer en Alberta et dans l’Ouest canadien, et ce, pour aller travailler dans le pétrole? Savez-vous qu’en appuyant Énergie Est, M. Gallant, vous encouragez une industrie qui vide votre province de ses jeunes?

Pour créer 3000 emplois durables, pourquoi ne pas profiter du fait que l’industrie du pétrole va mal actuellement, et investir en culture, en éducation, en urbanisme, pour rendre votre province plus désirable, non pas pour les entreprises étrangères, mais pour vos propres habitants?

Pourquoi ne pas investir dans les énergies vertes, pourquoi ne pas investir dans la modernisation de vos entreprises? Tout comme le Québec, le Nouveau-Brunswick a cette fâcheuse tendance à se comporter comme des néo-colonisés. Ne sommes-nous pas capables de nous développer par nous-mêmes sans attendre que le développement ne vienne de l’extérieur?

Il est ici question de risquer de contaminer l’eau potable de millions de citoyens, pour quelques emplois temporaires, parce que nous le savons tous, le pétrole sera temporaire! Alors que l’eau potable, M. Gallant, sera notre plus grande richesse! Nous le savons, l’eau ne se fabrique pas, et tous les humains en ont besoin pour vivre. Les sources d’eau potable sont de plus en plus rares sur la planète, et contrairement au pétrole, nous ne pouvons les remplacer par de nouvelles technologies.

Alors sur ce, ma suggestion est la suivante, M. Gallant. Refusez ce projet qui vous nuira et osez trouver un développement économique intelligent. Car sachez-le, si vous aussi reculez devant le projet d’Energie Est, vous aurez une compagnie de l’Ouest qui vous fustigera, mais vous aurez des générations de jeunes néo-brunswickois qui vous remercieront un jour. Faites-vous confiance et osez investir en vous, investissez dans vos PME, nourrissez une économie qui vous ressemble, et non pas celle qui vous nuit, directement et indirectement.

Virginie Proulx, Ph.D Chargée de cours en développement régional Université du Québec à Rimouski

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