LA SYRIE ENTRE DEUX STATIONS

LA SYRIE ENTRE DEUX STATIONS

22 mars 2016 par 
Photo: Radio-Canada Photo: Radio-Canada

Photo: Radio-Canada

J’ai croisé un homme dans le métro à Montréal. Quand il a su que j’étais syrien, il m’a posé cette question : « Pouvez-vous me résumer le problème de la Syrie en quelques phrases avant la prochaine station? »

Je lui ai répondu que c’était un problème complexe qui pouvait conduire à une guerre mondiale et qui méritait qu’on lui consacre du temps de lecture.

Malheureusement, l’inconnu est descendu du métro avant que j’aie eu l’occasion de lui proposer des pistes pour comprendre cette guerre et les conditions qui obligent la moitié des Syriens à quitter leur maison.

J’aurais aimé lui proposer de s’informer sur le parti Baath qui a gouverné, parmi les pays arabes, l’Iraq et la Syrie, les pays les plus guerriers du Moyen-Orient.

L’idéologie nationaliste-socialiste de Baath (inspirée du nazisme) a été imposée dans les deux pays, par le régime de Saddam Hussein en Iraq et le régime de Hafez el-Assad et son fils Bachar en Syrie. Ces deux régimes familiaux militaires ont développé, pendant des dizaines d’années, des armes chimiques utilisées contre les civils en Iraq et en Syrie. Puis, avec ces deux régimes qui se considèrent « laïques », est apparu le groupe islamiste le plus terroriste, Daesh.

Ce n’est pas un paradoxe et ce ne sont pas les seuls exemples. La culture des islamistes extrémistes vient de l’Arabie saoudite pour les sunnites et d’Iran pour les chiites, mais leurs terrains de jeux se trouvent souvent là où il y a des régimes dictatoriaux, corrompus, surtout les régimes qui ont été des alliés de l’ex Union soviétique, comme l’Égypte, l’Algérie, l’Afghanistan, la Libye, l’Iraq et la Syrie. Ces régimes ont politisé l’Islam et radicalisé les islamistes en imposant au peuple des idéologies ne correspondant pas à leur culture. Les islamistes ont été utilisés dans certains pays pour réprimer les protestations, comme en Algérie et en Syrie.

Pour cela, il ne faut pas s’étonner de l’implication russe et iranienne en Syrie qui aide le régime Syrien à étouffer les mobilisations de population et à réaliser un changement démographique dans le but d’imposer l’autorité de Bachar el-Assad, d’élargir les zones d’influence de l’Iran au Moyen-Orient et de mettre de la pression sur l’Europe avec le problème des réfugiés. Cela explique pourquoi la Russie s’oppose à la création de zones démilitarisées en Syrie.

Les peuples syriens subissent toutes sortes d’oppressions afin de les obliger à quitter leur maison : bombardements, états de siège, privation de ressources, etc.

Après le bombardement russe intensif des derniers jours au nord de la Syrie, le nombre de réfugiés syriens a augmenté significativement aux frontières de la Turquie. Toutes sortes de réfugiés affluent vers l’Europe, l’islamophobie augmente dans le monde, et la Russie, avec le régime syrien, aura plus de légitimité pour « bombarder Daesh », car la règle aujourd’hui est : dis-moi que tu combats les islamistes et fais ce que tu veux.

J’espère que l’inconnu du métro aura l’occasion de lire ces lignes. Mais je lui proposerais également de s’informer sur plusieurs autres sujets pertinents :

  • le statu quo de guerre et de paix de la Syrie au cours de 50 ans du contrôle du parti Baath et sa relation avec des miliciens armés dans les pays voisins, surtout au Liban;
  • le conflit israélo-palestinien et la frustration du monde arabe depuis 1948;
  • l’isolement, la désinformation, le lavage des cerveaux qui font que la Syrie se classe parmi les pays les plus corrompus du monde;
  • la discrimination du gouvernement contre les Kurdes en Syrie et l’utilisation des partis terroristes kurdes contre la Turquie;Sur la chute de Saddam Hussein et les groupes terroristes formés en Syrie et envoyés en Iraq;
  • les islamistes qui sont sortis des prisons après les manifestations afin de former des groupes djihadistes pour armer la révolte;
  • le droit de veto aux Nations Unies qui a été utilisé par la Chine et la Russie qui soutiennent des régimes dictatoriaux;
  • la diversité démographique et les défauts culturels de la société syrienne.

Finalement, je voudrais dire à l’inconnu : quand vous lirez sur ces sujets, venez me voir et je pourrais vous rappeler que le problème en Syrie est une crise internationale pendant laquelle le régime de Bachar el-Assad a profité de nombreuses failles (droit de veto, propagande médiatique et islamophobie) pour garder son pouvoir en disant aux Syriens et au monde entier : « Ou bien moi ou l’enfer. »

Je terminerais sur ces mots lus par la comédienne syrio-libanaise Darina Al Joundi : « Je ne suis pas morte sous la torture, je ne suis pas tombée sous les balles d’un sniper, je n’ai pas été asphyxiée par le gaz sarin. Je suis une Syrienne chanceuse. »

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