Pouvoir syndical sous occupation

Pouvoir syndical sous occupation

10 novembre 2015 par 
Les Palestiniennes et les Palestiniens qui travaillent en Israël doivent verser des cotisations au principal syndicat israélien sans bénéficier en retour des services du syndicat. Ici des Palestiniennes a un check point. Photo : Hamde Abu Rahma Les Palestiniennes et les Palestiniens qui travaillent en Israël doivent verser des cotisations au principal syndicat israélien sans bénéficier en retour des services du syndicat. Ici des Palestiniennes a un check point. Photo : Hamde Abu Rahma

Les Palestiniennes et les Palestiniens qui travaillent en Israël doivent verser des cotisations au principal syndicat israélien sans bénéficier en retour des services du syndicat. Ici des Palestiniennes a un check point. Photo : Hamde Abu Rahma

Pour souligner ses 40 ans, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) a organisé en septembre un stage intersyndical de solidarité avec la Palestine auquel ont participé des représentantes et des représentants des principales organisations syndicales québécoises. Afin de sensibiliser les participants à la situation des travailleuses et des travailleurs palestiniens et de renforcer les liens de solidarité entre les groupes syndicaux québécois et palestiniens, plus d’une demi-douzaine d’organisations syndicales palestiniennes ont ouvert leur porte aux délégués québécois. Voici un court portrait de la situation de travailleurs palestiniens qui vivent sous occupation israélienne.

En conséquence de l’occupation israélienne, la situation des travailleuses et des travailleurs palestiniens est généralement mauvaise. Les restrictions de mouvement (points de contrôle, mur de l’apartheid, structure administrative lourde pour obtenir les permis de déplacement, prohibition de l’exportation de produits, etc.) causent une perte de productivité considérable. Captifs du contrôle économique israélien, 25 % des Palestiniens vivent sous le seuil de la pauvreté(1) et leur taux de chômage atteint des sommets. Il va sans dire que la pression est énorme sur les syndicats palestiniens, qui doivent effectuer le travail traditionnel attendu d’une organisation syndicale dans le contexte de discrimination constante auquel leurs membres font face.

Environ 112 000 Palestiniennes et Palestiniens travaillent pour la société israélienne, soit en Israël ou dans les colonies situées dans les zones sous contrôle militaire israélien(2). Théoriquement, ces Palestiniens sont soumis à la législation du travail israélien et devraient donc profiter de conditions de travail similaires à celles des Israéliens. Or, cette législation est rarement appliquée, et les travailleuses et les travailleurs ont peu de recours en cas d’abus puisqu’ils ne possèdent pas le statut de citoyens israéliens. Le salaire minimum, environ 7 $ de l’heure en Israël, est rarement respecté, aucune protection sociale ne leur est fournie, et le travail des enfants dans les colonies est répandu, surtout dans le domaine de la construction, où les conditions sont parmi les pires.

Malgré tout, les Palestiniennes et les Palestiniens qui travaillent en Israël doivent verser des cotisations (1 % de leur salaire) au principal syndicat israélien, la Histadrut, sans bénéficier en retour des services du syndicat puisqu’ils n’en sont pas membres. Sur le territoire occupé par Israël, ils n’ont pas le droit de créer leurs propres associations de travailleurs et les activités syndicales palestiniennes y sont interdites. Ils se retrouvent donc sans aucune protection. Même si un accord a été signé en 1994 entre la Histadrut et la Fédération générale palestinienne des syndicats (PGFTU) (3) pour que la moitié des cotisations syndicales versées à la Histadrut par les travailleuses et travailleurs palestiniens soit remise au PGFTU, celle-ci demeure considérée par Israël comme une organisation illégitime et reste donc impuissante sur le territoire israélien.

Heureusement, le PGFTU profite d’une certaine marge de manœuvre en Palestine, ce qui lui permet d’offrir certains services à ces travailleuses et à ces travailleurs. Le cas du checkpoint de Qalqilya, principal point de passage de la frontière pour les quelque 4 000 Palestiniens détenteurs d’un permis de travail en Israël, en est un bon exemple. Pour s’assurer de traverser la frontière à temps, les travailleuses et les travailleurs doivent arriver vers trois heures du matin et faire la queue pendant plusieurs heures avant de passer de nombreux contrôles de sécurité : détecteur de métal, interrogations et fouilles abusives, vérification de l’identité et du permis de travail. Le niveau de stress est extrêmement élevé; n’étant aucunement protégés, ces travailleurs ne peuvent pas se permettre d’arriver en retard à leur travail. De plus, une fois de l’autre côté, ils devront trouver un moyen de transport pour se déplacer, car leurs voitures sont interdites en Israël et il ne leur est pas permis d’utiliser les transports en commun israéliens. En conséquence, il arrive que les gens s’impatientent, se bousculent; les soldats israéliens répondent par des coups de semonce. Il y a régulièrement des blessés, parfois, des morts.

Devant cette situation intolérable, le PGFTU a ouvert, il y a quelques années, un bureau du côté palestinien du checkpoint. Grâce au transfert d’une partie des cotisations palestiniennes à la Histadrut (l’autre partie est toujours attendue), il a construit un bureau, des toilettes et un grand marché couvert où des Palestiniennes et des Palestiniens peuvent louer un kiosque et les autres, se sustenter. Partout autour du marché, de grands panneaux présentent la législation du travail israélienne que les employeurs israéliens devraient respecter. Des employés du syndicat et des bénévoles se relaient pour assurer une présence constante au bureau; ils reçoivent les plaintes des travailleurs qui se sont vu refuser le passage ou qui ont été soumis à un contrôle de sécurité irrégulier ou injustifié. De plus, en organisant l’arrivée des travailleuses et des travailleurs selon un horaire précis, ils ont réussi à diminuer le temps d’attente pour chacun et, par conséquent, le nombre d’incidents.

On comprend que le travail des organisations syndicales de Palestine n’a rien à voir avec celui des organisations québécoises. Le PGFTU est souvent critiqué pour sa proximité avec le gouvernement palestinien et pour avoir participé plus activement au mouvement de libération nationale qu’à la défense des conditions de travail de ses membres. Mais peut-on vraiment reprocher à la plus grande organisation syndicale de Palestine d’avoir la lucidité de comprendre que sans la reconnaissance du droit du peuple à disposer de lui-même, un préalable au développement économique et social de la société palestinienne, la défense des droits des travailleuses et des travailleurs ne se fera toujours qu’à coup de « mieux que rien »?

1. Palestinian Central Bureau of Statistics, Labour Force Survey, April, 2015. Ramallah, Palestine.

2. Ibid.

3. Formant la plus grande association syndicale de Palestine, le PGFTU représente environ 300 000 membres sur une population active de 1,3 million de personnes.

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