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Développement sur l’île Verte

Par Claire Chabot le 2015/11
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Développement sur l’île Verte

Par Claire Chabot le 2015/11

Comprendre le développement d’une municipalité insulaire d’une quarantaine d’habitants permanents : voilà le défi auquel des étudiants en développement social, régional et territorial de l’UQAR rassemblés sur l’île Verte en septembre dernier devaient s’attaquer. Quatre jours de conférences, de rencontres, de débats, afin d’analyser comment les habitants d’un territoire isolé arrivent à vivre et à développer leur municipalité.

Contexte

Les premières impressions que produit l’île Verte s’opposent à ce que le nom administratif de l’île, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, dégage. Sur ces terres règne un sentiment de tranquillité et de sécurité, comme dans bien d’autres milieux insulaires. Les habitants de l’île, les Verdoyants et les Verdoyantes, accueillent à bras grand ouverts les personnes qui veulent bien traverser le fleuve pour venir jusqu’à eux.

La vie est rythmée par la marée, qui, à certains moments, permet d’utiliser le traversier plusieurs fois par jour et, à d’autres, rend la traversée par bateau impossible. D’autres moyens sont accessibles selon la saison : pont de glace pendant l’hiver, traversée de « la bouette » une fois par été, mais aussi bateau-taxi. L’hélicoptère est indispensable durant les périodes transitoires et, grâce à une subvention, il ne coûte que 6 $ aux résidants. Le déplacement vers le continent est essentiel, puisqu’il n’y a ni magasin d’alimentation, ni dépanneur, ni pharmacie sur l’île.

Très peu des quarante étudiantes et étudiants que nous étions étaient déjà allés sur l’île. C’est pourtant un paradis, à portée de main pour nous. La barrière qui sépare du continent n’est pas que physique, elle est aussi mentale. En tant qu’étudiants qui s’intéressent au développement des territoires, nous nous sommes demandé quels obstacles freinent le développement de l’île Verte. Pour quelles raisons des gens habitent-ils sur cette île, pourtant isolée de toute structure de proximité? Et pourquoi se mobilisent-ils pour la survie de leur municipalité?

Évolution historique, sociale et démographique de l’île

Historiquement, l’île était associée à la pêche. Déjà, avant la colonisation, les peuples autochtones s’y rendaient à certains moments de l’année pour pêcher.

Depuis le milieu du XIXe siècle et jusque dans les années 1930, les récoltes de mousses de mer permettaient aux insulaires de vivre sur leur île. La municipalité de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs a connu son apogée démographique dans les années 1940, lorsque 425 personnes y vivaient. Depuis cinquante ans, le monopole de la pêche a cessé et d’autres activités sont venues diversifier l’économie locale : l’agriculture, l’élevage, le tourisme. Progressivement, le profil des Verdoyants et des Verdoyantes s’est transformé et le tourisme récréatif s’est développé. En 1986, la dernière école a fermé. La dernière « famille » (couple avec enfants mineurs) a quitté l’île il y a quelques années, pour aller vivre en face, sur le continent, à L’Isle-Verte, ce qui permet aux enfants de se scolariser et de rencontrer régulièrement d’autres jeunes.

L’ensemble des activités économiques de l’île est maintenant centré sur le tourisme : trois centres d’interprétation, de nombreux types d’hébergement, mais aussi deux restaurants, une poissonnerie, un service de location de vélos et le superbe Musée du squelette. Bien qu’il y ait une forte activité touristique l’été, avec plus de 150 propriétaires, il n’y a officiellement que 46 habitants à longueur d’année.

En raison de coûts fonciers très élevés, on assiste à une gentrification progressive de l’île. Il n’y a d’ailleurs aucun locataire. Le touriste cible est assez âgé, et la population présente à l’année est de plus en plus vieillissante : l’âge médian est de 58 ans.

Pourtant, on constate un dynamisme très important du milieu. De nombreux projets mis de l’avant touchent le développement touristique, les loisirs ou la sécurité en matière d’incendie et s’ajoutent au dispensaire, à la bibliothèque ou à la salle communautaire, qui sont, eux, des services essentiels. Du fait de son isolement, le milieu verdoyant se mobilise bien plus pour sa qualité de vie que toute autre municipalité sur le continent! On assiste à un développement endogène intégré où la participation des habitants est très forte.

Et l’avenir?

À travers le dynamisme d’un milieu pourtant vieillissant, l’idée commune de développement grâce à l’installation de jeunes familles pourrait être reconsidérée. La communauté est bouillonnante d’initiatives, alors même qu’il n’y a plus d’enfants à l’année sur l’île et très peu de jeunes. La mobilisation autour de la vie municipale est importante, car la survie du groupe en dépend. Cela se remarque aussi au très fort taux de participation (plus de 90 %) lors des diverses élections.

Durant les quatre jours de rencontre, la question de l’avenir de l’île a été centrale, malgré la confrontation entre habitants à l’année et résidents estivaux, car les enjeux peuvent être différents selon qu’on reste sur l’île quelques semaines pour se détendre ou qu’on y vive des mois entiers. Nous nous sommes mis à rêver. Nous imaginions un groupe de jeunes voulant vivre en coopération sur l’île, et les habitants semblaient ouverts à l’idée. Un tel groupe faciliterait l’accès à l’école à la maison, tout en permettant une socialisation auprès d’autres enfants. Cependant, comme le prix des maisons est très élevé, ce rêve serait difficilement envisageable sans un financement extérieur.

Autrement, quel futur pour l’île? Un lieu de tourisme récréatif durant l’été? Et une terre vide le reste de l’année?

Conclusion

Nous sommes partis à la rencontre d’un territoire atypique du Bas-Saint-Laurent où les habitants se fédèrent pour se développer, tout autant qu’ils se divisent, en raison d’une dualité entre résidants permanents et temporaires.

Cette municipalité est ce qu’on appelle une communauté de paysage, qui se définit en fonction de son territoire et de son vécu. Notre-Dame-des-Sept-Douleurs n’est ce qu’elle est qu’en raison de son isolement géographique et de sa nature spectaculaire. Les raisons d’y vivre sont multiples, mais ce qu’on y ressent surtout, c’est le profond attachement des habitants à cette terre, attachement qui surpasse le poids de leur isolement. Le handicap que représente le fait de vivre loin de toute structure de proximité est aussi une motivation pour vivre à l’écart du monde moderne. Finalement, il n’existe peut-être pas de service marchand de proximité, mais on y trouve des projets fédérateurs essentiels à toute communauté.

Plus largement, cette expérience ouvre les perspectives du développement par une mobilisation forte des habitants, dans un Québec lacéré par les coupes. Le sentiment de liberté et les privilèges liés à un cadre de vie magnifique laissent comprendre que le coup de foudre pour un lieu existe. Il est encore temps d’en profiter : le traversier fonctionne jusqu’au début novembre…

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